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L'ENFANT-MOUCHES

ALBUM SORTI EN 1995

 

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ANIMAL MÉTAPHYSIQUE

ALBUM SORTI EN 1990

 

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LE PITRE

ALBUM SORTI EN 1983

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QUI SUIS-JE ?

  • : trublion de la poésie
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  • : Auteur-compositeur pour l'ego, poète par mélancolie, nouvelliste par bonheur, et romancier par accident... Contact : georgesgrausi@hotmail.fr 06 18 94 30 46
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  • : 21/10/2006

Commentaires Récents


Il est là dans son coin

Le regard pendantif

Traqué par l’objectif

Qui ne cerne avec soin.

Débordantes d’affections

 Des mouches en faction

 Maquillent de leur mieux

La détresse de ses yeux.

 


Ce petit grabataire

A-t-il auditionné

Afin de décrocher

Le spot publicitaire

Qu’une cause nous intime

De voir quand nous mangeons

Nous les chères victimes

De la biennutrition.

 


Son ventre boursouflé

Émet d’étranges sons

Que le briseur de son

S’efforce d’essouffler.

L’impudique caméra

S’attarde sur ces mouches

Qui dansent la salsa

Au-dessus de sa bouche.

 


D’insoutenables images

Alimentent nos foyers

Et devant nos télés

On veut croire au mirage.

Ils sont quarante mille

Comme lui chaque jour

À mourir de famine

Et du manque d’amour ?

 


Les mains recroquevillées

Sur sa cage thoracique

L’enfant semble s’excuser

De n’être point ludique

Devant cette caméra

Où deux mouches excitées

Par autant d’intérêt

Se livrent à des ébats.

 


Un gros plan sur sa couche

Et le film s’achève.

Une musique parachève

Le sort de l’enfant-mouches.

Cautionneurs du tiers-monde

Ne sommes-nous pas semblables

À ces mouches qui s’attablent

Où la misère abonde ?







 

 

 

Aujourd’hui, je vais vous faire tout un plat avec un thème qui devient récurrent dans ma chronique. Rassurez-vous, il ne sera point question de mon agnosticisme qui ne demande qu’à croire ou de mon désespoir qui ne veut que croître !

Au préalable, je dois vous rappeler, qu’exceptés les moustiques, les araignées du genre comme dans Harry Potter et malheureusement les vipères, je ne ferai aucun mal à la nature qui m’environne, du moins consciemment. (Dieu sait, ne serait-ce qu’en gambadant avec grâce et légèreté le long de mes plates-bandes, combien d’animaux terrestres voire, ailés, périssent sous mes pas !)

Hier, alors que la nuit avait effacé toutes traces de lueurs entourant ma maison, il se passa un événement, certes, banal pour l’autochtone mais, extraordinaire pour le citadin, le poète ou l’enfant que je fus !

Après m’être acquitté de ces obligations nutritives que mon corps, par la voie de son estomac, réclamait, la clope au bec, je prenais l’air sur la terrasse. Zeus, comme à son habitude, ne l’entendit pas de cette oreille. Ce chien, à tous les coups pour les tenants de la métempsycose, cancérologue ou cancéreux dans sa vie antérieure, m’empêchait de donner libre cours à mon intoxication ! Avec ses grosses pattes, il tentait vainement de dégommer cette cigarette greffée dans ma bouche. Moi, comme dab, lassé de l’entendre aboyer à tue-tête : « Le cancer te pend au nez ! », je le repoussais en activant mon briquet. Le feu, apprivoisé par le genre humain et qui lui a tant rapporté, est l’élément naturel que Zeus craint le plus ! Ainsi, sans faire usage de l’inoxydable Vade retro satana du regretté Jésus, je remettais le cancérologue à sa place ! Battant en retraite comme un crabe, Zeus se positionna sur la couette que j’avais sacrifié pour lui. Vu la façon dont il l’a déplumé, le verbe « sacrifier » n’est pas de trop ! Enragé par le fait que j’ai, en si peu de temps de vie commune, déniché son big talon d’Achille, le feu, et que j’en abuse artificiellement, Zeus passa ses nerfs sur sa couche ! Pendant qu’elle endurait le sort de Sainte Blandine, moi je me roulais une nouvelle clope afin cette fois-ci de la fumer de A à Z, sans les coupures publicitaires et fallacieuses de son bourreau !

À peine l’avais-je enflammé que Zeus, la truffe mise au supplice par une odeur singulière, abandonna son souffre-douleur et déboula les escaliers de la terrasse. Ma nature curieuse, voulant se mettre au parfum, m’éjecta de l’emplacement où j’aime, quand le ciel ne stresse pas, contempler le soleil couchant. Hélas ! L’obscurité dans laquelle était plongé Zeus, me fit louper le premier acte du duel épique qu’il avait engagé. Ma curiosité, ne voulant point en démordre, elle me fit remonter dare-dare dans la maison. Là, je me saisis instinctivement de mes gants de chantier et d’une torche… cela allait de soi, électrique, histoire de ne pas défavoriser Zeus dans le combat acharné qu’il livrait avec l’animal rétif ! Muni de mon précieux sésame, je descendis frénétiquement les marches de l’escalier. Parvenu jusqu’au duelliste, j’assistai à un bien étrange ballet ! Zeus, dont l’ancien maître était un fondu du ballon rond, s’appliquait à reproduire les mêmes gestes footballistiques qu’il avait dû voir à la télé des milliers de fois ! Malgré le terrain pentu et glissant qui ne jouait pas en sa faveur, ses pattes faisaient preuve d’une virtuosité sidérante ! Ce qui faisait office de ballon semblait collé à elles ! Moi, qui pourtant n’aime plus ce sport depuis le drame du Heysel, je restais scotché devant ce spectacle ! J’avoue même, qu’en faisant mine de lui subtiliser le ballon, je me piquais au jeu !

Mais comme vous vous en doutiez, j’espère, le ballon qui n’en était pas un, pouvait s’avérer dangereux pour la santé de Zeus. Cet hérisson que j’avais confondu avec un porc-épic, tant il était énorme, n’en perdait pas la boule pour autant ! En parlant du porc-épic, et avant que mon orgueil me la censure, je dois ouvrir une parenthèse : Ce matin, avec ce KOLOSSAL délit d’ignorance, dans le bistrot où j’avale mon café et papote un peu, j’ai bien fait marrer le patron, sa femme et le trio d’autochtones accoudés au comptoir, ce qui n’est pas une mince affaire, croyez-moi ! Des porcs-épics en Seine-et-Marne !? Pff ! Faut être poète ou idiot pour croire des choses pareilles ! Cette dernière phrase, ils ne me l’ont pas balancé, mais ils auraient pu ! No problem ! Je les aurais applaudi des deux mains et je me serais de tout cœur associé à leurs rires ! Je ferme la parenthèse !

Revenons à mon hérisson ou si je veux et j’en ai le droit, à mon porc-épic évadé d’un zoo ! J’écrivais donc que malgré les jonglages et les attaques répétées de Zeus, il ne s’affolait pas. Le hérisson, certes en position de défense, faisait honneur à ses origines italiennes ! D’ailleurs, dans la région où il avait sévi, ses congénères l’avaient surnommé El Porc-épico ! Ces informations qui peuvent vous surprendre, figurez-vous que je les tiens de la bouche même du hérisson. Et n’est-il pas vrai que, seuls les poètes comprennent le langage des fleurs, mais aussi celui des animaux ? À la conférence de presse d’après match, où son adversaire du jour n’avait pas été convié, il me les a, en exclusivité, révélé ! D’où le danger pour Zeus d’un contre meurtrier !

Aussi, soucieux que cette partie ne s’achève pas en bain de sang, je fus contraint d’endosser le rôle d’arbitre. Profitant d’un moment où il avait mis le hérisson en touche, je signifiais à mon chien que, dans cette lutte à couteaux tirés, il n’obtiendrait pas gain de cause et qu’il encourait une grave blessure. Je lui conseillais donc d’abandonner à mes doigts bien protégés son précieux trophée. Mais que croyez-vous, que fit Zeus ? Il réagit comme un joueur prenant un carton rouge injustifié ! Piqué au vif dans son orgueil, il me bouscula, attrapa le botté en touche par la gueule et le déposa au poteau de corner ! Cette faute de bouche intentionnelle qu’il avait commis, était contraire au règlement ! Mais le bougre qui, décidément, ne voulait pas lâcher le morceau, creusa un trou, histoire de mettre à l’abri son Précieux ! Ah ! C’est qu’il ne voulait pas que je le lui pique son ballon ! Courant alors à sa rencontre, je le tançai pour ses actes d’anti-jeu et je lui sommais de ne plus toucher à ce hérisson qui commençait sérieusement à avoir les boules ! Zeus cligna des yeux, puis avec un dribble, façon Zidane, il me fit, la honte pour moi, un grand pont ! Là, je vis rouge ! Je sortis de ma poche le briquet salvateur ! L’effet fut immédiat ; le dribbleur hors pair qui aurait, je n’en doute pas une seconde, démystifié Alain Chabat alias Didier, pris la poudre d’escampette. Prenant, of course avec de vrais gants le hérisson, je lui donnais, sans passer par la paperasserie administrative, l’asile footbalistique pour la nuit dans l’aquarium vide de Lili. Celle-là, quelle vedette ! Toujours à squatter ma chambre, où elle hiberne depuis le 7 août !

Au bout de cinq minutes, de la grosse boule, à mes yeux, magique, je vis apparaître un long museau puis des pattes et enfin tout le corps du hérisson géant. C’était magnifique, j’avais l’impression d’assister à une naissance ! La couveuse dans laquelle il était confiné, ne lui fit point dire : « Areu ! Areu ! » L’étroitesse de son habitacle, même pour une nuitée, lui hérissait le poil et il ne tarda pas à le faire savoir. Sans se douter que je sois un poète, il éructa un juron que ma déontologie m’interdit de vous traduire en langage humain ! Je lui fis remarquer que, sans pour autant lui avoir sauvé la vie, j’avais quand même évité que l’entêté Zeus joue les prolongations dans cette partie où son rôle m’apparaissait guère reluisant ! Ah ! C’est dommage pour vous ! À la fin de ma réplique, j’aurais tant aimé que vous voyez la tronche de ce mammifère… de l’Ancien Monde !? (comme il est stipulé et pas explicité dans le Petit Larousse. Si, de mon vivant ! l’un de mes lecteurs peut, à ce sujet, m’éclairer la lanterne, qu’il n’hésite surtout pas à contacter mon agent au 06-18-94-30-46) Ceci étant, après réflexion, j’ai une idée sur le pourquoi de cette appellation. Je vous la soumets : l’Ancien Monde veut peut-être signifier, toute cette période où l’homme n’existait pas encore… du moins sous sa forme actuelle, non ? Alors que les hérissons, tout comme les crocodiles et bien d’autres animaux, roulaient déjà leur bosse. Finalement, cette hypothèse, je la trouve tout à fait plausible, et vous ? En attendant d’éventuels contradicteurs, bingo ! je la valide !

Now, je peux revenir sur le hérisson que mon sens de la répartie avait mis au piquet. Quand sa trombine retrouva un aspect plus animal, je le rassurais sur mes intentions. Primo, qu’il ne resterait dans l’aquarium que le temps du repas, et deuzio, que demain, pas à la première, mais à la dixième heure, je le déposerai en dehors de l’aire de jeu de l’accro du foot ! Pleinement satisfait de la programmation énoncée, mon hôte quitta la station debout, commença à me raconter sa vie et moi la mienne….  « Blablabla… moi aussi tu sais El Porc-épico, j’ai mes racines en Italie… ma mère est Napolitaine… et blablabla… » pérorai-je et lui de surenchérir : «  Ma qué ! Forza Italia ! et blablabla… Ma famille à moi, elle est de Venezia ! Et blablabla… »

Quelques noix, deux noisettes et une lichette de lait plus tard, mon nouvel ami, piquait sérieusement du nez. Il payait là, toutes ces émotions que la soirée lui avait prodiguées ! En le sortant de l’aquarium, je l’invitais à choisir l’endroit où il piquerait un somme bien réparateur. Après avoir fait le tour du propriétaire, il prit toutes ses aises sous le meuble Louis XVII de la salle à manger. Enfin… vu les cinq centimètres de hauteur qu’il avait à sa disposition, « s’encastrait » conviendrait mieux, non ? Pendant son parcours du combattant, je me rematais Kill Bill 2, mais ambiance oblige, en Italien !

Le matin, comme promis à la dixième heure, je transportais El Porc-épico hors du champ d’action de Zeus, le goléador en herbe. Pour en revenir à lui, j’ai été assez étonné qu’il n’ait pas piqué une crise en me voyant le spolier de son compagnon de jeu. Sans doute que sa soif d’exclusivité y est pour quelque chose !

Le cœur léger et l’âme bucolique, je m’apprêtais à prendre mon petit déjeuner, quand mon nez fut mis au supplice par une odeur, pour ne pas me répéter et qu’on m’accuse d’auto plagiat, on va écrire, particulière ! Mon tarin qui n’a pas grand chose à envier à la truffe de mon chien, en détecta vite la source ! Le salaud de hérisson, l’Italien de mes deux ! m’avait laissé sous le Louis XVII ses marques de gratitude ! Putain ! Un hérisson quand ça défèque, ça daube grave ! Et comme, a priori, le Vénitien ne supportait pas le lait demi-écrémé, je vous épargne les détails ! Tout en épongeant à l’aveuglette la zone radio-merdique, je perfectionnais mes insultes en Italien ! D’autant plus que cet enfoiré de gital, je l’ai senti bien assez vite, m’avait mis sur le dos un couple de puces, devenu indésirable ! Depuis la veille, de ce duo, il en avait plein le dos ! Et pourquoi ? Je vais vous le dire ! Durant mon interrogatoire poussé, c’est le mâle qui cracha en premier le morceau. Pour le faire avouer, je l’avais menacé de le livrer aux singes du zoo de Vincennes ! Depuis des mois, lui et sa compagne étaient chargés par le hérisson d’encaisser les loyers dus par les nombreux résidants dont il assurait non seulement le gîte et le couvert, mais aussi, faut bien l’admettre, une protection hors norme ! En échange de ce service, ils bénéficiaient de certains avantages : loyer plus que modéré, places aux premières loges (sur le mufle du museau), lors des croisières en terrain inconnu et bien d’autres que je ne vous énumèrerai pas. À l’arrivée, les largesses qu’il leur avait accordé, ne satisfaisaient pas ce couple. Il avait magouillé dans le dos du hérisson ! En prétextant une augmentation des charges, ces traîtres avaient gratté à leurs congénères l’équivalent de trois ans de leur modeste loyer ! Le syndic qui, par nature a toujours la puce à l’oreille, sur ce coup-là, avait failli ! Il lui fallut plus de six mois pour réagir et découvrir le pot aux roses ! Une fois dénoncé par ce syndic où siégeaient six puces et un tique, le couple fut convoqué, séance tenante, par le hérisson. À cette occasion, le représentant des tiques prêcha pour sa paroisse et cela se comprend. Lui et ses compatriotes qui séjournaient aussi dans le palace mouvant n’étaient pas logés à la même enseigne ! Confinés dans ses soubassements, avec leurs têtes en permanence en bas, c’est clair qu’ils ne voyaient pas la vie en rose ! « Mon cher El Porc-épico, ne vous avais-je point mis en garde contre les puces ? attaqua-t-il, bille en tête. Ce sont des nomades, elles ne tiennent pas en place ! En conséquence, elles sont dans l’incapacité d’avoir la moindre idée arrêtée ! Reconnaissez avec moi que tout cela, hélas, n’engendre que l’inconstance ! Que voulez-vous, c’est dans leur nature et croyez bien que je ne les en blâme pas. Une véritable confiance ne se bâtit qu’avec du temps, n’est-ce pas ? Et je suis désolé de revenir là-dessus mais la nature inconstante des puces rend cette chose impossible ! Alors que nous les tiques, nous avons, depuis la nuit des temps, acquis la sagesse des sédentaires ! Nous avons une éthique ! Aussi, dans ces circonstances oh ! combien pénibles pour vous, je vous prierai de prendre en considération la teneur de mes propos. »

Est-ce bien utile de vous préciser que, durant tout son sermon en forme de plaidoyer, les puces tiquaient ? D’ici, à ce que les tiques prennent les clés du syndic, y’avait pas loin !

Après avoir reconnu les faits et rendu l’intégralité de ce qu’il avait piqué, le couple attendit le verdict. À la grande satisfaction du tique, il fut cinglant. El Porc-épico ne donnait aux escrocs que trois jours grand maximum pour quitter le cossu trois centimètres carré où ils créchaient. De plus, ayant informé sa confrérie de leur forfait, cela en était fini pour eux de la vie en palace mouvant !

Tout ce binz, c’était la veille. C’est fou non, ce qu’il peut se passer sur le corps d’un hérisson ? À l’image de notre société quoi ! Bref, voilà comment j’ai hérité de ce couple de bannis !

Où en étais-je ? Ah ! oui… Je maudissais en Italien le diarrheux que j’avais tiré des griffes de mon clebs. Pendant que mes mains tâtonnaient toujours dans la mare, ça croyez-moi, mon organe vocal s’en donnait à cœur joie !

Zeus qui était à l’autre bout du terrain, bien que n’ayant pas l’ouïe fine, se pointa et me mata bizarrement. Jamais, au grand jamais il ne m’avait vu dans un tel état ! Sa truffe, l’ayant mis au parfum du pourquoi de ma fureur, il ricana entre ses crocs : « Mais quelle mouche, t’a donc piquée ? »

L’effet fut immédiat. J’ai fermé ma grande gueule !

Je suis confus… je ne vous avais pas habitué à ce type de langage… indigne d’un poète tel que moi ! Le chantre de la métaphore ! Moi, que les contempteurs du classicisme, accusent, à raison, de faire preuve d’un lyrisme outrancier dans mes productions littéraires ! « J’ai fermé ma grande gueule !? » Mais comment ai-je pu tomber dans un tel excès de facilité ? Cela ne me ressemble pas ! Pardonnez-moi cette expression populaire, usée jusqu’à la moelle… mais le fait est, que je n’en voyais pas d’autres pour exprimer ce réel vécu…

Hébété, la main gauche dans la merde, je sais c’est pas le pied, j’ai regardé l’heure. 10h12. La matinée était loin d’être finie et d’autres emmerdes pouvaient me tomber dessus ! À commencer par la CAF de Melun dont j’ai encadré ce fameux courrier de samedi qui m’a fait, même si c’est plus aisé à la campagne, ruminer gravissimo !

Pendant que je récurais la main qui avait gagné le gros lot et que je tentais de reprendre mes esprits avant de bigophoner à la CAF, Zeus avait repris ses activités diurnes : coursage de musaraignes, à défaut de ses résidants, la destruction totale de leurs taupinières, aboiements aux cyclistes et aux randonneurs flânant devant notre maison, etc.

Après avoir pratiqué une séance d’exorcisme pour chasser le liquide pestilentiel qui s’était réfugié sous mes ongles de guitariste, j’attrapai mon portable. Tout en composant le numéro de la CAF, je scrutais la fenêtre de la cuisine. Là, sur le carreau, trois moustiques, quatre araignées et une ribambelle de moucherons auxquels j’avais fait subir une lecture appuyée du journal L’Équipe, s’étaient fossilisées. Faudrait peut-être qu’un de ces quatre, je fasse appel à monsieur Ajax vitre ! pensais-je tout haut. Cela fait pas moins de sept semaines, qu’ils ont tapé, malgré eux, l’incruste ! En les laissant ainsi bien en vue, mon message, qui se voulait préventif mais viril auprès de leurs tribus respectives a dû, depuis lors, passer ! ricanais-je tout bas, en tapotant mon numéro de matricule et mon code secret que la CAF réclamait.

Dehors, sur le chêne enfin libéré de l’emprise du hamac, poireautait toujours le merle, avide que je lui chante encore la bonne parole. Je l’avais repéré au moment de l’évacuation du Vénitien. « Ne quittez pas, nous allons vous mettre en relation avec le service d’accueil de la CAF… Ne quittez pas… » psalmodiait la voix de la CAF. Ce délai d’attente, qui faisait rendre l’âme à mon forfait SFR, eut un effet bénéfique ! Le hérisson, cela ne m’étonnait plus qu’il soit de Venise ! Je me souvins que durant mon voyage de noces dans cette ville qui fleure le romantisme comme nul part ailleurs, se dégageait parfois une odeur nauséabonde. Cette pestilence, qui ne m’avait point empêché de vivre des moments de bonheur indescriptible, c’était la même que m’avait lâchement concocté El Porc-épico ! Ce souvenir olfactif me démontrait, à nouveau, qu’un évènement, selon le contexte, passe comme une lettre à la poste ou rend timbré !

Nul doute qu’en charmante compagnie, plutôt que d’en laver l’affront avec mon écriture, j’aurais souri et même rit de bon cœur à ce désagrément ! Du coup, ma colère à l’égard du hérisson s’évapora… Mais la nostalgie sortit à toute vapeur de son antre, et avec ses paluches de forgeron, se saisit de mon âme ! En premier lieu, étale, je la senti se distendre puis se gondoler et enfin, comme si sa survie en dépendait, se replier en position de fœtus ! Elle me faisait passer une sale minute ! Et cette putain de CAF qui ressassait « Ne quittez pas… » m’abandonnait à des images de mon bonheur perdu ! Sur chacun des lieux idylliques où mon esprit se retrouvait, ma boule à l’estomac faisait un carreau !

Ma boule à l’estomac faisait un carreau ? Tudieu ! Cette dernière phrase m’oblige à la ramener, ma grande gueule, of course ! Oui, je sais bien que la vie d’un homme n’est faite que de petites joies et de grandes peines mais là, avec ce genre de trouvaille littéraire, je vis un moment d’extase ! À tel point d’ailleurs, que je me surprends à faire comme Fred Murray Abraham, alias Salieri dans Amadeus, quand il a pondu une musique en l’honneur de Mozart ! Je remercie Dieu ! Moi qui avais pourtant promis, today, de ne point aborder ce thème ! Mais ma parole, si je continue à soutirer à mon âme des phrases de cet acabit-là, c’est à n’y rien comprendre si je n’obtiens pas le prix Goncourt, voire le prix Nobel !

Ceci dit, sur la première partie de cette phrase qui, ne me pardonnez pas l’expression, m’a troué le derche, je m’étais bien pris le chou avec deux autres options. Alors dans un élan démocratique, mais histoire surtout qu’elles cessent de me trotter dans la tête, je vous les livre : Sur chacun des lieux idylliques où ma mémoire rebondissait... ou sur chacun des lieux idylliques qu’elle (âme ou nostalgie, c’est à vous de choisir) ressuscitait... Ainsi, quand l’occasion m’en sera donnée, je ferai auprès de mes, modestie oblige, trois cents mille lecteurs et lectrices, un sondage leur permettant de prendre fait et cause pour l’une de ces trois options.

Now, j’en reviens à mon âme qui, pétrie et façonnée par des mains aussi brutales que celles de Héphaïstos, s’était recroquevillée en espérant la fin du déluge ! Les coups de boutoir de la nostalgie la faisaient enfler quand, par bonheur, le martèlement de la CAF « Ne quittez pas… » cessa ! Et une voix angélique aplatit ces mains qui tourmentaient mon âme !

Enfin délivré de mon passé du 7 février 1998, je soumettais à ma salutaire interlocutrice celui du samedi 29 septembre 2007. Son jugement sur le courrier qui m’avait bien gonflé, fut, on ne peut plus édifiant. « Un bail ou une photocopie du bail ? Quelle drôle d’idée ? Cela fait belle lurette que la CAF n’exige plus ce document ! Mon pauvre monsieur, vous avez dû tomber sur l’abruti de services ! renchérit-elle, en riant discrètement » À cela, je lui répondis en riant fort : « Abruti avec un E à la fin ! » Moralité : nous nous échangeâmes un bon paquet de rires ! Je me sentais si réconforté par cette voix angélique qui riait aux éclats que j’en oubliais le tocsin m’indiquant l’agonie de mon forfait 2H Essentiel chez SFR, mon futur sponsor ! Normal, non ? Vu la pub que je leur fais, cela serait la moindre des choses !

Bref, j’étais tellement aux anges avec mon interlocutrice, mon amie d’un jour, que l’idée, de lui demander son numéro de portable, me traversa l’esprit de part en part ! En espérant tout de même qu’elle soit chez SFR ! Ainsi, je l’aurais mise dans mes trois illimités ! Je l’aurais vite re-contacté et blablabla et blablabla… Ah ! C’est fou ce que la solitude peut engendrer de rêveries ! Nous papotâmes comme de vieux amants, à tel point je le jure, que ni l’un ni l’autre ne semblions en état d’y mettre un terme. Vu que cela ne lui coûtait pas une thune, surtout elle ! De mon côté, je ne perdais pas complètement la boussole ! J’avais personnifié SFR en Picsou et, à chaque minute qui rendait l’âme, je voyais bien le frottement jouissif de ses mains ! Heureusement, mon ange matérialiste veillait sur moi ! Pour qu’enfin je me décide à raccrocher, il envoya à ma rescousse le fameux couple de puces qui s’était exilé sur ma pomme. Partis du pied gauche de mon corps, ces deux escrocs en découvraient les vastes étendues où la végétation guère hostile les obligerait, en cas de rébellion de ma part, à sauter à découvert ! Pour l’heure, il n’y avait pas péril en la demeure ! Flânant en chemin, trop admiratifs du paysage qui s’offrait à eux, ils ne s’étaient point encore attaqués à mon derme ! Mais à l’approche de ma nuque, par la voix de mon ange, ils succombèrent à la tentation !

Touché de plein fouet par leurs attaques en piqué, l’un de mes grains de beauté en alerta aussitôt la nuque. Celle-ci, communiqua au cerveau les coordonnées géographiques du lieu d’impact. Il en informa immédiatement la main qui ne tenait pas le portable. Hormis le fait que, machinalement, son index traînassait dans la narine droite de mon nez, elle était libre de tout mouvement. Obtempérant aux injonctions de mon cerveau, elle décrocha le doigt de la zone crottale et, aussi vive que l’éclair, souffleta les agresseurs ! Groggy, le couple dévala tout le long de ma colonne vertébrale et finit sa course sur l’élastique de mon slip. La main, redresseur de torts, confia à l’ongle de son index le soin de récupérer les puces, et vivantes si possible. L’index bougonna et pas qu’un peu ! « La sale besogne, c’est encore et toujours pour moi ! Comme si je n’en avais pas assez avec le nez ! » marmonna-t-il, en remontant les puces qui n’opposèrent aucune résistance. « Hé oui… Hi !hi !hi ! » gloussa son voisin le majeur, plus connu sous le nom de médius pour les nostalgiques du latin.

Ces puces, avaient-elles, durant cette interminable chute, vu défiler toute leur vie ? Pour ma part, avant de les occire, je n’avais que deux questions à leur poser : d’où venaient-elles et depuis quand squattaient-elles mon corps ? En fait, j’étais très excité ! Je n’avais jamais eu l’occasion de converser avec des puces.

Je remerciai chaleureusement la voix angélique qui m’avait pleinement rassuré et je fis en sorte que SFR alias Picsou n’attrape point d’ampoules aux mains.

L’interrogatoire pouvait commencer, mais de ce qu’il en ressortit, vous en savez déjà l’essentiel. À cela, vous pourriez tout de go me demander : « Mais que sont-elles donc devenues ces puces ? Vous parliez de les occire, non ? » Effectivement, c’était prévu dans le programme… Mais l’attitude irrespectueuse de Zeus, quand j’étais dans la situation merdique que vous savez, a changé la donne. C’est que, quelque part, j’avais gardé une dent contre lui. Et comme je ne crois pas au hasard, j’en ai vite conclu que ce couple de puces, était un cadeau de la providence !

À l’heure de mon repas où il m’assistait du regard, je l’avais aguiché avec une tranche de rôti de porc. Le gros naïf a mordu à l’hameçon et j’en ai profité, discrétos, pour lui refiler les puces. Ma grande clémence, à leur égard, avait assouvi mon désir de vengeance, somme toute, bénigne. Quant à ces puces promises à l’occision, forcément, elles ne pouvaient que sauter sur l’occasion !

Dans l'antichambre des médias

Au plus noir de l'obscurité

Ils sont nombreux à postuler

Au César de l'anonymat !

Le désespoir en érection

Ils vont et viennent, impuissants,

Et leur espoir, sous perfusion,

En fait des suicidaires latents...

Comédiens, chanteurs ou poètes

Vous qui mourez d'anonymat

Vous qui rêvez d' faire un tabac

Vous n'avez droit qu'à des mégots !

Vous qui vivez dans la défaite

Prenez-vous en à votre Ego

Car l'ambition qu'il vous fait naître

Est à la mesure de votre mal-être...

OEUVRES LITTÉRAIRES


EN ATTENDANT MA GLOIRE POSTHUME

RECUEIL DE CHANSONS

SORTI EN 2008

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LE TEMPS DES NASELIÈRES

RECUEIL DE NOUVELLES

SORTI EN 2007

12 EUROS PORT INCLUS

 

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POÈMES MÉTROGÉNIQUES

SORTI EN 1997

8 EUROS PORT INCLUS

 

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AH ! CES NUITS BLANCHES

QUE L'ON PEINT EN VERS...

Sorti en 1986

 

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DU MOI JE À L'EAU DE LA...

Sorti en 1983


À PARAÎTRE :


LE BONHEUR EST AUSSI
 DANS LE MÉTRO

Roman


ORPHÉLON
 
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LES BALBUTIEMENTS DE
MA RÉINSERTION TERRESTRE

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CHRONIQUE D'UN EXIL

À DEUX PAS DE PANAME
Journal

LE JOUR OÙ DIEU FIT SON MEA CULPA
Recueil de nouvelles

DIOGÊNE DE MONTREUIL
Roman de fiction


QUELQUES JOURS DANS LA VIE D'UNE SUICIDAIRE
Récit

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