C’était un jour semblable à mille autres. En ce lundi de Pâques de l’année 2030, la guerre bactériologique planait à la surface du globe terrestre.
Trente ans auparavant, la fin du monde tant redoutée par certains et ardemment souhaitée par d’autres, n’avait pas eu lieu… Mais son homonyme, la faim, elle, se portait à merveille ! Les nations dites civilisées, qui avaient incidemment créé le tiers-monde quelques siècles auparavant, l’entretenaient avec une farouche opiniâtreté ! Les favelas proliféraient à une cadence infernale. Les occidentaux, friands d’aventures et d’émotions, organisaient des voyages vers ces zoos humains. Bien calés dans leur siège d’autocar, les touristes arrivaient les mains goinfrées de miches de pain bourratif, pour ne pas dire rassis ! Ouvrant grand les vitres, ils jetaient leurs offrandes aux « favéliens » attroupés autour de ce salutaire véhicule. Quelques-uns, pour le plus grand bonheur des appareils photos et des caméras vidéo, se brisaient les mâchoires en croquant l’infortunée « fève » ! C’était un spectacle émouvant, d’ailleurs, souvent retransmis par les plus grandes chaînes de télévision de la planète. Quelquefois, un léger craquement signalait au chauffeur distrait qu’il avait écrasé une brochette de ces pauvres gens. Dans certaines régions, ce fait anodin était devenu carrément un jeu. Les favéliens, victimes de ses maladresses intempestives, étaient considérés comme une espèce en voie de disparition. Aussi, les gouvernements, soucieux de conserver la race, sermonnèrent les chauffeurs consciemment tête-en-l’air !


LE TEMPS DES
NASELIÈRES

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