Quand j'étais en bas de l'affiche
Je méprisais ce monde bigleux
Où l'on prêtait l'oreille aux gueux
Où l'on prêtait l'oseille aux riches !
Pendant qu' la vie suivait son cours
Le mien, pauvrette, se désséchait...
J' me sentais seul et sans recours
Face au présent que je séchais !
Sous un ciel froissé de nuages
Je repassais mes souvenirs
Sans me douter que l'avenir
Me réservait un doux naufrage...
En ce temps-là, sans conviction,
Je composais quelques sonnets
Où je mettais en perdition
Les gens qui me riaient au nez !
Ma vocation, j' la découvris
Dans la rubrique "nécrologie"
D'un journal où ma vie traquait
Une bonne raison d'exister !
C'est mon penchant pour le stylo
Qui fit tomber mon amertume.
J'écrirai à titre posthume
D' la poésie faite pour caveau !
Et ma trouvaille suivant son cours
J' fis paraître dans les journaux
Plutôt surpris par mon recours
Cette annonce d'un genre nouveau :
Vous qui pleurez ces chers défunts
Pour une somme bien dérisoire
Je graverai sur leur couffin
Une élégie en leur mémoire !
Ah ! Quelle idée j'avais eu là !
La demande fut si forte
que bientôt sur mon agenda
Je dus refermer la porte
aux actionnaires du profil bas
Qui, détenant peu de finances,
Ne purent suivre les exigences
Que mon succès mettait au pas !
Après quinze années de bas-fonds
Je reçus mes premiers impôts
Qui, s'élevant à dix bâtons,
Témoignaient de mon renouveau !
Mais dans ma superbe demeure
Où ma conscience déraisonne
Je pense tout bas au "fossoyeur"
Qui n' souhaitait la mort de personne !


LE TEMPS DES
NASELIÈRES

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