Pour tout vous avouer, même en trifouillant dans les casiers poussiéreux de ma mémoire, les souvenirs d’avant ma naissance sont d’une extrême vagueur… Mais, si je m’en réfère à ce qui est écrit sur ma carte d’identité : né le 25 janvier 1960 à Alger, il est fort à parier que je fus conçu aux alentours du 25 avril 1959.
Cette nuit-là, entre deux alertes à la bombe (revoir livres d’histoire ou se renseigner auprès des disciples d’Alain Decaux), celui qui allait devenir mon père, pour des raisons purement bestiales, avait (d’un commun accord avec ma génitrice ? Cela, j'en doute fort !) expédié dans son urne descellée quelques millions de spermatozoïdes.
Ayant, depuis ce jour, tout de même historique, appris à bien connaître mon paternel dans son intimité, j’en conclus que les ovaires de ma mère, en voyant débarquer tous ces spermatozoïdes en état d’ivresse, passèrent au rouge.
Malheureusement pour eux, ces décathloniens en grande majorité, conservateurs, étant très à cheval sur leurs traditions, mais l’alcool aidant, bien trop obnubilés par l’enjeu, passèrent outre les règles élémentaires de bonne conduite !
Arrivés au pied du col de l’utérus, ces incorrigibles fêtards s’haltèrent afin de se désaltérer le gosier, tant et si bien qu’au bout d’un certain laps de temps, il n’en resta plus qu’un, qui fût encore en état de poursuivre la course vers les sommets. Pour tous ses acolytes, la partie était bel et bien game over !
Comble de malchance, ce spermatozoïde en goguette était le plus lâche d’entre eux ! En premier lieu, les camarades de la même promotion que lui, l’encouragèrent à relever ce challenge ! Hélas ! constatant amèrement que sa trouillardise le tétanisait, ils lâchèrent, vite, l’affaire. Du coup, ses compagnons de cordée le menacèrent de lynchage ! Ainsi, contraint et forcé, le couard spermatozoïde partit à l’assaut de l’ovule qui allait engendrer ma noble personne.
La chose étant faite, mon père pouvait retourner à ses trois plus grandes passions : l’alcool, la cigarette et le jeu. Trois vices dont mon sang allait, à doses homéopathiques, hériter. Héritage dont je devais, malgré ma haine et ma résistance d’adolescent, devenir un tant soit peu, l’esclave…




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