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EXTRAIT DE ROMAN

Dimanche 19 septembre 2010 7 19 /09 /Sep /2010 10:34

 

Histoire de ne pas reperdre le sens des réalités, Joël se coltina dans son intégralité le journal du Vingt heures sur la Une et, comme si cela ne suffisait pas, il enchaîna avec une grosse heure de France-Info et s’acheva avec une lecture assidue du Parisien ! Après cette mortelle trithérapie, l’heure n’était plus pour lui, de chanter à tue-tête, « Maman, les petits oiseaux ! » ou « La ballade des gens heureux ». Dormir ! Oh ! oui dormir ! Notre repu d’informations soufflant plus le froid que le chaud, n’aspirait plus qu’à cela ! Il s’écroula, ivre de fatigue, sur son grand lit. Il n’empêche, qu’avant de sombrer dans un sommeil bienfaiteur, malgré les sages recommandations de sa vieille complice, ce bougre de semi inconscient se fixa un objectif : rencontrer, coûte que coûte, Joséphine Jobert. Il le fallait, pensait-il, ne serait-ce que pour lui dire qu’une femme, native du berceau de l’humanité, en usurpant son sublime visage d’adolescente, l’avait cruellement bercé d’illusions. Sur les coups de 23h, Morphée, qui l’avait dans le viseur, depuis quarante-cinq minutes, le tira de cette pensée obsessionnelle. Ainsi, Joël, comme il ne l’avait pas réalisé depuis sa plus tendre enfance, s’endormit sur le dos.

N’était-ce que le simple fruit du hasard, mais cette nuit du 27 janvier 2012, de mémoire de noctambule, fut nul autre à pareille. La Lune, surplombant Paris, engrossée, comme jamais elle ne l’avait été, et rousse, bien avant son mois de prédilection, faisait trop d’ombre aux étoiles. Ces dernières, piquées au vif dans leur aura-propre, tentèrent bien de la mettre en veilleuse ! Ainsi, mises au ban du ciel, ces frustrées communiquèrent entre elles avec un langage stroboscopique qui échappa à l’entendement des astronomes en poste cette nuit-là, mais point à leur vue. Mais tous ces scientifiques, avec leur puissant télescope braqué sur la voûte céleste, n’avaient pas idée du plan orchestré par les étoiles. À minuit pile, elles s’étaient filées rencard, en un point bien précis, juste à cinq millions de kilomètres de l’hégémonique Lune. Ah ! pour sûr, qu’avec leur coup d’éclat, elles comptaient bien lui donner un max de fil à retordre ! Quant à ces astronomes, pourtant aguerris au spectacle haut en couleur qu’offre, en permanence, notre galaxie, ils allaient véritablement tomber des nues.

Bien loin de cette mutinerie céleste, à venir, Joël, avec son but de dernière minute, qui lui fit, à nouveau, croire en sa bonne étoile, était emporté dans un rêve, en l’occurrence, romantique. Néanmoins, il était à deux doigts… enfin, disons plutôt, un, de virer à tout autre chose. Avec qui s’apprêtait-il à déshonorer sa nature fleur bleue ? Pff ! non mais quelle question… Certes, il est bien vrai que mon écriture a une furieuse tendance à ne pas prendre les cons pour des gens ! Mais il y a quand même des limites qu’elle ne saurait me faire franchir. Pour en revenir à son rêve, au risque de surprendre mes plus fidèles lecteurs, voire de les décevoir grandement, je n’en dépeindrai pas la suite, pourtant agrémentée de multiples et suaves rebondissements. Fichtre ! Mais pourquoi les priver, me demanderez-vous à juste titre, d’une ou deux pages empreintes d’érotisme, voire d’un petit doigt de pornographisme ? Hélas ! je dois avouer que la cause en revient à ma reconnaissance littéraire, fraîchement acquise. Ah ! ça, elle n’a pas que du bon à m’offrir. Voilà que je subis de plein fouet sa mauvaise influence. En se préoccupant du qu’en-écrira-t-on, elle m’oblige à penser aux naïfs et mièvres goûts d’un certain public ; celui qui tombe presque en pâmoison, quand il découvre sur le petit ou grand écran, un duo d’amoureux, dont l’un, par inadvertance ou non, s’en vient impunément balader une main, en dehors de la zone faciale ! Bref, ce large public qui ne s’est pas encore remis et ne se remettra jamais de La petite maison dans la prairie ou de Sissi l’impératrice ! Mais la garce de reconnaissance ne se satisfait pas que je prenne en compte cette masse populaire pour laquelle, désormais, je dois pratiquer l’autocensure ; elle va encore plus loin dans ses exigences ! Sous prétexte d’avoir lâché du mou en ne touchant pas à mes propos sur la masturbation, autre qu’intellectuelle, elle veut, en retour, que je me soucie de ces critiques qui font la pluie et le beau temps dans l’univers impitoyable de la littérature ! Bref, que je m’attire leurs bonnes grâces et, non plus, leurs foudres !

À trente secondes de passer au samedi 28 janvier, Joël bascula donc dans un rêve érotique que mon nouveau standing me force, littérairement, à passer sous silence. C’est, ma foi, bien dommage, car il comportait trois scènes croustillantes qui, pour une flopée d’hommes de ma génération, leur auraient fait économiser un cacheton de viagra ! Tenez ! Histoire de tourner, une bonne fois pour toutes, cette page peu flatteuse sur ma nouvelle conduite littéraire, je saute une ligne.

 

Pendant ce temps-là, dans le ciel parisien, des évènements peu orthodoxes se précipitaient ; quelques nuages, à l’esprit grégaire, pressentant l’imminence d’un épiphénomène qui les épongerait en moins de deux, fuyaient de tous côtés. C’était la débandade la plus absolue ! Eux, qui avaient pourtant vu le jour, ensemble, en plein milieu de l’océan Atlantique et parcouru, pour ainsi dire, main dans la main, un si long chemin, se marchaient les uns sur les autres ! Mais il est vrai que pour ces nuages, le péril était grand, car, les étoiles rebelles, tout feu tout flamme, en filant sur leur point de ralliement, leur passeraient, sans pitié, sur l'échine. Ainsi, à cinq secondes de l’heure fatidique, plus un seul nuage ne lambinait au-dessus de la Capitale. Et quand les douze coups de minuit retentirent, la sacro-sainte Lune se trouva, pour le moins, désargentée ! À cinq millions de kilomètres, les révoltées, ne formaient plus qu’une masse égale à la sienne, mais oh ! combien plus rayonnante. La grande prêtresse de la nuit eut beau bomber le torse, elle perdit, coup sur coup, ses deux faces, la visible et la cachée. Sous les yeux ahuris des astronomes et de trop rares êtres qui scrutent encore le ciel, la Lune fit tout autant grise mine qu’une certaine nuit où, sur le mont Golgotha, un ramassis d’hommes cloua le bec au rêveur de Bayt Lahm ! Prise au dépourvu, elle fit volte-face vers le soleil et excita son orgueil afin qu’il mette un terme à cette rébellion, à ses yeux, fomentée par l’envieuse Étoile Polaire. La Lune bafouée et, pour le moins, pas blanche comme neige, usa de paroles savamment pesées. C’est qu’elle en connaissait un sacré rayon sur son tuteur céleste, ce bouffi d’orgueil ! « En s’attaquant ainsi à moi, persifla-t-elle, ne vois-tu pas que c’est toi, qu’elle et ses viles complices, cherchent à atteindre ? Alors, je t’en conjure, donne-moi un peu plus de lumière pour que je puisse leur montrer de quel rayon, toi, tu te chauffes ! » Le soleil, passablement échauffé par ses propos, qu’il prit pour argent comptant, lui accorda dare-dare un gros rab de lumière. Ainsi, n’en déplaise aux tenants de l’Apocalypse, il ne changea pas la face du ciel. La Lune, qui lui devait une fière chandelle, se retourna vers l’Étoile Polaire et ses soubrettes. « Oh ! ces bougres d’inconscientes ! Elles pensaient donc avoir partie gagnée ! » jubila, la revancharde comme pas deux. En effet, brillant par leur absence d’humilité, les trois-quarts des insurgées avaient mis leur lumière en mode économique. L’éblouissement flambant neuf, dont la Lune jouissait, fit fondre tout leur bel édifice. Les étoiles détalèrent à la vitesse, plus que lumière et, pour certaines d’entre elles, la chose se réalisa carrément avec une queue de mauvais augure à leurs basques !

Sur Terre, notre petit fonctionnaire était à des années-lumière de cette fronde cosmique tombée en quenouille. Dois-je vous rappeler que, dans son rêve, cela je peux le coucher sur la page, il avait enclenché la vitesse supérieure ? Bref, Monsieur Trismain n’en était plus aux préludes amoureux. Il se démenait comme un beau diable avec sa partenaire idéale, dont les doigts, de chacune de ses mains, avaient comptabilisé un orgasme ! C’est fou ce que, dans le virtuel, on peut réaliser comme exploit, non ? Mais celui-ci atteignit une telle perfection, qu’il donna raison à Leibniz. Car, dans la chambre de Joël, il advint une chose surnaturelle qui allait tout bonnement concrétiser ce rêve. Il s’échappa de l’ordinateur, une fumée longue d’un mètre soixante dix, de couleur chocolat au lait bien crémeux, qui se glissa sous la couette du rêveur complètement en nage. Une fois, sa queue bien au chaud dans le lit, cette fumée se métamorphosa en ce que vous n’avez aucune peine à imaginer. Quant à la suite de cette nuit magique, qu’il m’est, hélas, interdit de mettre en lumière sur la présente page, je la résumerai avec ceci : Joël resta, jusqu’à l’aube, planté dans son rêve qui n’avait rien de pieux !

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Samedi 5 septembre 2009 6 05 /09 /Sep /2009 08:42
 

Un événement plus tragique toucha le cercle familial. Pour la première et certainement la dernière fois de notre histoire, le nom de Grausi se retrouvait en première page du Midi-Libre. Mon oncle Jean-Claude âgé de vingt-six ans, le petit frère de mon paternel, avait été poignardé à mort par son unique ami.

Maurice et lui se connaissaient depuis un paquet d’années. Ces deux compères avaient fréquenté le même établissement psychiatrique. Mon oncle, souffrant depuis son plus jeune âge de crises d’épilepsie récurrentes, y avait longtemps séjourné. À cette époque, les épileptiques et les malades atteints de graves troubles mentaux, comme son meurtrier, étaient logés à la même enseigne.

C’est durant le sommeil de mon oncle que la lame de vingt centimètres se planta et rejaillit de son dos. Gravement blessé, il eut l’énergie de se lever et repoussa son agresseur. Il s’ensuivit une espèce de course-poursuite qui les mena jusqu’au balcon de la salle de séjour où Jean-Claude s’écria : « Au secours ! Aidez-moi, il veut me tuer ! » Quelques secondes après, son corps s’écroulait trois mètres plus bas sur la route sablée. Un artiste, dont l’atelier de peinture se trouvait à proximité, se porta au chevet de mon oncle qui répéta juste avant de mourir : « Il veut me tuer… »

L’autopsie pratiquée sur Jean-Claude révéla que le couteau de cuisine l’avait atteint vingt-trois fois.

Quant au dément qui avait pris à la fuite en mobylette, il fut arrêté cinq heures après le crime. La mort de Jean-Claude était intervenue vers 2h30. Interpellé par les gendarmes, Maurice fut d’abord soigné. Durant cette lutte inégale, il s’était bien entaillé le pouce droit. Lors de son court interrogatoire, les gendarmes constatèrent que de son acte macabre, il n’avait aucune réminiscence. Maurice pleura même la mort du seul ami que sa misérable existence lui avait donné !

J’avais déjà vu et rencontré cet homme-là, chez ma grand-mère Berthe où mon oncle vivait. De puissants neuroleptiques lui donnaient un aspect débonnaire. Sa physionomie malingre, quand j’y repense aujourd’hui, semblait tout droit sortir des crayons de Forster qui, durant les années quatre-vingt, faisait le bonheur de Fluide Glacial avec ses funestes histoires. Maurice avait un visage si hideux que même quand il souriait, j’en étais effrayé ! Sur son front dégarni, de gros points noirs ou de pus proliféraient. Âgé d’une trentaine d’années, il en paraissait soixante ! Aujourd’hui, en me remémorant son visage, je ne puis m’empêcher de lui trouver des ressemblances avec celui de Antonin Artaud au crépuscule de sa vie.

Mon oncle vivait donc chez ma grand-mère à Montferrier-le-lez dans les vestiges du château en partie restauré. Le maire et ses administrés y siégeaient. C’est en qualité de concierge que ma grand-mère occupait l’appartement situé au-dessus de leurs bureaux.

Avant ce drame, j’adorais ces dimanche après-midi où mon père nous emmenait chez la mamie « d’en haut » comme on disait. Elle avait en sa possession un trousseau de clés qui nourrissait mon imagination débordante ! Quand elle le confiait à mon oncle Jean-Claude pour qu’il nous fasse visiter les entrailles de ce château interdit au public, j’étais aux anges. Avec ses clés, comme je n’en ai jamais revu, à part dans des films, il éventrait une à une les grilles rouillées. Chacun de leurs crissements déverrouillait un peu plus mon Imaginaire. Dans les ténèbres humides de ce château poitrinaire, je voyais apparaître les Chevaliers de la table ronde, Robin des bois, Ivanhoé, Merlin l’enchanteur et tant d’autres héros qui chevauchaient sur les prairies encore épargnées de mon adolescence en feu !

Par chance, ma grand-mère avait échappé à la lame de Maurice. Enfin, le miracle fut que, pour se remonter le moral, Berthe avait passé le week-end chez nous. Deux mois auparavant, Jules, son mari avait été interné dans un asile de Pézénas. Entre parenthèse, je dois signaler que mon grand-père, qui en connaissait un bon rayon sur le délirium trémens, ne fut pas convié aux obsèques de son dernier rejeton.

Quand les gendarmes débarquèrent le dimanche matin aux alentours de neuf heures et annoncèrent d’abord la tentative d’assassinat, puis la mort de son fils cadet, ma grand-mère ne tomba pas en syncope. Pire ! Elle poussa, comme la belle-mère de Mozart dans le film de Milos Forman, d’insupportables vocalises. N’ayant point le génie de Wolfgang, je n’ai pas su les convertir en un magnifique opéra ! Je ne suis pas gentil avec ma grand-mère « d’en haut », n’est-ce pas ? Il est vrai que je la portais bas dans mon cœur, mais j’avais de bonnes raisons, croyez-moi ! Certes, elle ne picolait pas plus que ma grand-mère « d’en bas », morte hélas, d’une cirrhose du foie. Alphonsine Mazza, ma mamie adorée avait vécu dans les bidonvilles de Montpellier. Là, où fut construit par la suite, la Z.U.P de la Paillade. De tous ces petits-enfants, j’étais son chouchou et malgré sa grande pauvreté, souvent elle me donnait une pièce pour m’alimenter en bonbons. Allez savoir pourquoi, moi j’en ignore encore la raison, elle m’appelait fève.

Berthe (viscéralement, j’ai toujours détesté ce prénom ! Cela aurait-t-il un lien avec la grosse Bertha ?), dont le porte-monnaie était bien portant, se montrait rapiate comme pas deux ! À nous, ses chers petits-enfants, qui, à tour de rôle, la pressions de lâcher du lest, elle faisait à profusion la sourde oreille. Ah ! pour vous donner une idée du funeste sort qu’elle imposait à son porte-monnaie, fallait voir le dépôt de rouille qui s’amoncelait sur ses embouchures tout en inox !

Mais quand, par bonheur, son taux d’alcoolémie dans les veines jouait en notre faveur, elle amputait de quelques francs son porte-monnaie. Dans ce cas de figure, Berthe n’omettait jamais de nous lâcher son impérissable litanie de mots codés et de phrases usées jusqu’à la moelle : « Guerre, privations, l’argent de poche, moi je n’en avais pas… vous en avez de la chance d’avoir une mamie comme moi… faudra être gentil avec mamie, hein ? Sinon je le dirai à votre père et je ne vous donnerai plus d’argent de poche… » Bref, avec elle chaque franc valait son pesant d’or et de tracas !

Après les internements de mon oncle et de son meurtrier, l’un dans une funèbre boîte et l’autre dans un asile de fous, c’est à moi que revint le triste privilège d’aller soutenir ma grand-mère à son domicile. Toute seule et profondément affectée, elle errait la démarche avinée comme une fantômesse dans les immenses pièces du château. Durant ma semaine de vacances scolaires, je dus faire toutes les tâches ménagères que lui imposait son statut de concierge à la mairie  : de 18h à 20h je balayais, dépoussiérais et pour finir, je passais la sacro-sainte serpillière. En fin de compte, ces deux heures de travaux forcés s’avéraient être un moment de répit ! Avec les commissions dont j’étais chargé, ils me sortaient de cet enfer où mes parents m’avaient lâchement abandonné. On n’a pas idée de laisser un enfant de quinze ans dans un château en ruine avec une grand-mère pareil ! Le soir ! Mon Dieu ! ce que je pouvais redouter le soir et cette putain de nuit que je passais allongé à côté de ma grand-mère ! À l’emplacement même, où mon oncle préféré avait reçu le premier coup de couteau !

Le pauvre, c’était le seul dans cette famille de fils et de petits-fils d’alcooliques à ne pas honorer leur vice ! Sa mort m’a tellement marqué, que durant tout le reste de mon adolescence, j’ai eu peur de mourir comme lui à vingt-six ans ! Tout cela, parce que ma grand-mère me trouvait une ressemblance physique avec lui ! Et le pire, c’est que j’ai appréhendé tout autant mes quarante-six ans, l’âge du décès de mon père. Ainsi, j’ai vécu pendant onze ans avec ces deux obsessions !

De ces nuits à ne dormir que d’un œil et sur le dos, tant j’avais peur que l’assassin revienne sur les lieux du crime et fasse une saignante reconstitution, Berthe et toute ma famille ne s’en préoccupaient pas. « Un asile, c’est pas une prison, on peut s’en échapper ! » pensais-je avec hantise sur ce lit, où ma grand-mère cuvait son pinard. Combien de fois n'ai-je pas dû hisser ma grand-mère de son cuve-lit parce qu’une envie pressante la tenaillait ! Je devais la traîner jusqu’au pot de chambre qui, manque de bol, ne servait plus à grand chose. En chemin, les jambes de Berthe avaient déjà ramassé le gros lot !

Ce château, où les grilles orphelines de mon oncle ne crissaient plus, me criait que la récré était finie ! Les chevaliers de la Table ronde, Robin des bois et tous les autres s’étaient métamorphosés en de cruels barbares.

Mais le pire de mes cauchemars reposaient sur les murs du logement de ma grand-mère. Des taches de sang, de feu mon oncle, avaient résisté au lavage des fonctionnaires chargés de l’immaculer ! De ces taches, les murs semblaient en avoir fait un élevage. Chaque matin, mes yeux épouvantés en découvraient, qui n’existaient pas la veille ! Elles portaient le sceau du crime ! Chaque soir, pendant que ma grand-mère cherchait le sommeil qu’elle trouvait vite grâce à l’alcool, moi, maqué par l’insomnie, je ne comptais ni les étoiles ni les moutons, mais ces taches qui s’émancipaient sur les murs gloutons ! Oui ! chaque nuit dans cette chambre qui puait la pisse, j’imaginais la lutte et la fuite désespérées de Jean-Claude. De ma place à la salle à manger, de la salle à manger au balcon… Les yeux grands ouverts sur ce lit bercé par les ronflements de Berthe, j’entendais son appel au secours, puis le bruit de sa chute ! Enfin, pour couronner le tout, ses dernières paroles « Il veut me tuer… » cognaient à la porte de mon âme effarouchée !

C’est avec des cernes sous les yeux et des bleus à l’âme que s’achevèrent ces vacances scolaires. Jamais, je ne fus plus heureux de retrouver mon père au volant de sa voiture. Quant à ma grand-mère « d’en haut », je ne la revis que cinq ans plus tard, à l’enterrement de l’aîné de ses enfants, mon père. Dans la famille « mort peu commune », celle de Berthe en 1982, fut pour le moins originale : elle succomba, non pas à la grippe, mais à son vaccin !

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Samedi 29 août 2009 6 29 /08 /Août /2009 08:57

Dans un appartement plutôt cossu du quinzième arrondissement, Étienne se la coulait douce dans une piscine de poche. Le fugueur, tout en savourant la musique de Miles Davis, fumait un viril joint. Une épaisse fumée verdâtre remplit la salle de bain, où quatre bras sur le pied de l’amour en vinrent aux mains. Ainsi donc, Étienne avait une maîtresse.

Pauvre Elsa ! Jamais, elle n’aurait envisagé un tel scénario. Cette poignante lettre d’amour, qu’Étienne lui avait télégraphiée deux mois auparavant, n’était donc qu’un leurre ? L’herbe, dont il abusait volontiers, n’était point étrangère au lyrisme outrancier émanant de cette lettre. Baignant dans les larmes, les yeux bleus d’Elsa paraissaient inconsolables.

Son regard chancelant se hissa sur l’aquarium posé sur une de ces cheminées dépourvues à tout jamais du feu sacré. Battant de la nageoire, poissons et alevins gobaient famine. Au fond de cet aquarium, une coquille abandonnée par son Saint-Jacques, faisait carpette.

Sournois, le désespoir fit commettre un acte odieux à Elsa qui saupoudrait de paillettes nourricières la surface de l’eau. L’infâme la poussa à vider tout le contenu de la boîte ! Un mois de nourriture jetée dans l’aquarium ! Ce fut un douloureux remake de La grande bouffe de Marco Ferreri. Carassins, cyprins dorés et alevins mordirent à l’hameçon. Sans garde-fou, ils se gavèrent jusqu’à ce que crèverie s’ensuive !

L’unique survivant fut un alevin qu’une gastro-entérite avait contraint au jeûnage. Condamné à errer parmi ses congénères flottants, il se sentait très mal dans ses écailles. Puisque tous ses espoirs de fonder une famille tombaient à l’eau, il décida qu’il se laisserait mourir de faim !

Elsa, de son geste meurtrier, semblait s’en laver les mains. Les poissons, en plat du jour ou dans un aquarium, elle ne pouvait plus les gober ! L’odeur du poiscaille, cela la rendait nostalgique. Plusieurs fois avant que la nuit ne se couche, elle était partie avec son père en direction du port de Sète. La vente à la criée, pour le plaisir des oreilles, c’était aussi magique que le chant des sirènes.

Dans l’aquarium, l’alevin désabusé coula à pic sur la coquille délaissée. Légèrement groggy, il eut l’impression qu’elle se soulevait. Dévalant de sa partie abrupte, il tomba nez à nez sur un poisson inconnu au bataillon. En apparence, pas né de la dernière marée, il engueula l’alevin comme du… poisson pourri ! Décontenancé, mais heureux de n’être point seul dans cet aquarium poisseux, il en devint prématurément rouge ! Le poisson aux écailles grisonnantes, réalisant le drame qui avait eu lieu, prit l’alevin entre ses nageoires et l’entraîna dans son abri de nacre. Durant de palpitantes minutes, ils firent plus profondément connaissance. Ce vieux poisson avait connu le grand large avec tout son florilège de souvenirs intarissables : le bon goût salé de la mer, le bruissement des vagues, les marées et toutes ces parties de cache-cache avec ses potes ou ses ennemis à travers les immenses prairies marines ! Toutes ces choses n’avaient aucun secret pour lui. La quête du repas, en ce temps-là, ce n’était pas une mince affaire ! Les petits poissons avalés par les gros, les gros mangés par les plus gros et les plus gros dévorés par encore de plus gros ! Cela, c’était une vie de poisson ! « Le grand large, c’est comme le grand amour ! Si on vous en prive, vous êtes à jamais perdu ! » confia-t-il à l’alevin plus muet qu’une carpe. Abasourdi par toutes ces merveilleuses révélations, il n’eut plus qu’une idée en tête : s’évader de cet aquarium et connaître l’ivresse du grand large ! Mais pour l’heure, l’alevin ne devait pas faire de vagues car Elsa, revenue sur les lieux du crime, observait froidement les conséquences de son génocide ! « Froidement », cela n’était point l’exacte vérité. À peine ses paupières avaient-elles endigué ses yeux fuyant, qu’une nouvelle vague d’angoisse la refit chavirer dans le malheur. Une pléthore de larmes amères tomba dans l’aquarium créant ainsi une pluie ruisselante qui fut fatale aux deux rescapés. Les ondes de cette averse salée allèrent jusqu’aux oreilles du vieux poisson qui, sous son nid de fortune, mettait à l’alevin, l’eau à la bouche.

Tout jeunot, quand des nuages migrateurs faisaient une pause pipi sur l’océan, il sortait sa tête de l’eau. Ses copains de jeu le rejoignaient et tous, la bouche grande ouverte, gobaient un maximum de ces gouttes célestes ! Ce souvenir de jeunesse qui remontait à la surface lui tira la larme à l’œil ! Cela en était trop ! Comme au bon vieux temps, il fila à la rencontre de cette pluie amère. L’alevin le suivit dans sa quête et tous deux la tête hors de l’eau, avalèrent ces gouttes de tristesse. Par Neptune, qu’ils étaient beaux à voir ! Nageoires contre nageoires, ils improvisèrent une sorte de valse engendrant des vaguelettes qui leur firent gentiment boire la tasse. Soudain, une épuisette de poche alpagua les deux poissons en fête. « Quelle poisse ! » glouglouta l’ancien avant de périr asphyxié, tout comme son compagnon de jeu, dans les mains de la vindicative Elsa. Les scrupules ne semblant guère l’étouffer, elle jeta leurs dépouilles dans le cendrier. Ainsi s’acheva, parmi la cendre et les tickets de métro mutilés, l’histoire de ces deux poissons qui ne rêvaient que de grand large !

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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /Août /2009 07:51

Cet exode urbain avait pourtant bel et bien engendré un sacré binz dans les départements privilégiés ! Les « migrants guère solvables » ne faisaient aucun effort pour s’adapter aux mœurs, certes, un tantinet rurales, de ces nouveaux Eldorados ! Seul, le Val-d’Oise, où pas moins de cent-cinquante mille éressayistes s’étaient incrustés, ne payait pas les pots cassés de cette foutue bavure politique. Et pour cause ! Dans ce département francilien, ils ne sentaient pas vraiment dépaysés !

Dans les départements, où la cambrousse encercle villes et villages, les choses allèrent de mal en pis. Commissariats et gendarmeries se voyaient harcelés par un afflux de plaintes pour vols, grivèleries et agressions verbales ! Histoire de désembouteiller ces locaux, à l’accoutumé, quasi-déserts et de rassurer l’autochtone, les préfets durent prendre des mesures d’urgence. Dans certains villages où l’ambiance était plus qu’électrique, ils durent organiser des rondes de nuit. Pour cela, faute de personnel, ils firent entrer dans la danse des fonctionnaires à la retraite. Hélas ! malgré l’extrême dévouement de ces derniers, la courbe des actes délictueux continua de grimper en flèche.

Dans l’un de ces départements envahis par une horde de éressayistes franciliens, son préfet de police dépassa même la mesure. Du jour au lendemain, sans que la raison ne le commande, il imposa un couvre-feu dans son bourg de résidence ! Dès vingt heures et ce, jusqu’à six plombes du mat, il ne faisait pas bon traînasser dans les rues ! Quelle mouche l’avait donc piqué pour prendre une telle décision, jugée arbitraire par ses propres pairs ?

La cause en incombait à sa femme anorexique, mais dont l’appétit sexuel était pantagruélique !

Un soir où son mari devait honorer l’un des nombreux engagements inhérents à sa haute fonction, elle noua, c’est peu dire ! d’étroites relations avec un envahisseur (c’est ainsi que les villageois appelaient les éressayistes franciliens) venu du Neuf-Trois. Pour une raison X, Y ou Z, comme vous voulez, le préfet rentra plus tôt que prévu et tomba devant le fait qui s’accomplissait ! L’allocataire du R.S.A qui, comme tous ses semblables, avait la fâcheuse réputation de s’en tenir, niveau taf, qu’au strict minimum, là pour le coup, s’activait bigrement ! Quant à la femme, elle poussait des vocalises qui, en d’autres circonstances, auraient ravi l’oreille musicale de son mari.

Ainsi, le couple ne suspectait pas qu’un voyeur, à l’insu de son plein gré, assistait à leurs ébats amoureux.

Le pauvre homme, élevé dans la pure tradition catholique, en conséquence un peu maso sur les bords, eut la délicatesse de n’interrompre ce coït, qu’à l’instant précis où l’orgasme de sa femme qui n’en finissait plus, la mit pour de bon en veilleuse. Le préfet, alpaguant la couette qui gisait au pied du lit, l’expédia avec force sur les amants qui évoluaient à découvert.

Promptement désarçonnée, sa femme se laissa engloutir sous elle.

Le peine-à-jouir qui, dans un coin de sa tête, se doutait bien que le préfet ne lui accorderait pas une séance de rattrapage, feint l’ignorance.

  • Écoutez monsieur, je suis désolé… Votre femme m’avait pourtant juré qu’elle était célibataire ! balança-t-il avec un accent qui trahissait bien ses origines franciliennes.

  • Monsieur est en vacances dans la région, je présume ? rétorqua le cocu qui, malgré le fait que son amour-propre ait subi de lourdes pertes, tâchait de faire bonne contenance.

  • Non… pas vraiment, bredouilla l’autre. Cela fait six mois que je me suis installé ici…

  • Une mutation, sans doute ? enchaîna avec une pointe de cynisme le haut fonctionnaire de police.

  • Non pas du tout… Moi, si j’ai débarqué dans le département, c’est dans le seul but de postuler pour le R.A.S…

  • Ah ! oui d’accord, monsieur est éressayiste… répliqua dédaigneusement le préfet. Si je comprends bien, vous voulez vous faire, comme qui dirait, une place au soleil dans notre charmant bourg…

  • Ben…

  • Bon, nous avons assez discouru ! pesta le préfet en découvrant que, sur la moquette, les pantalons des amants adoptaient une posture toute aussi incongrue que celle endurée auparavant par ses yeux.

Un instant, il crut même les voir bouger ! Aussitôt, l’homme bafoué donna un grand coup de tatane sur ces fringues. Dans le lit conjugal, la femme infidèle était toujours en totale immersion.

Quant à l’ex-francilien, qui commençait à faire dans son froc, il se fit si petit que le coussin, où sa tête reposait, finit par réceptionner tout son corps !

À la vue de cet inconcevable tableau, le mari tomba à la renverse. Malgré l’épaisse moquette, le parquet ne resta pas de marbre. Pardi ! Le préfet pesait bien son quintal. L’onde de choc ébranla le lit, certes étudié pour, mais dont les ressorts brisés et les pieds enflés par les ultimes rebondissements lascifs, espéraient bien une trêve ! Instinctivement, la pécheresse jaillit de sa tanière et se porta au chevet du pauvre bougre.

Quant à son amant d’un soir, quelque peu rassuré par la tournure des événements, il abandonna sa taille de lilliputien. Vite fait, il se re-sapa et, sautant par-dessus le couple recomposé, prit la poudre d’escampette. Quand bien même cet homme serait resté sur les lieux du crime de lèse-majesté, son intégrité physique ne risquait plus grand cave. Le préfet, dont la tête avait creusé un cratère dans la moquette, n’était plus en mesure de laver l’affront. Malgré son quintal presque tout en muscles, les séquelles de sa chute ne furent pas minces. Elle lui avait, en quelque sorte, liposuccé tous ses kilos d’adrénaline.

Sa femme, penchée sur lui, était, comme qui dirait, encore en tenue de combat lubrique.

Son cocu de mari, hormis ceux de sa mémoire récente, reprit un à un tous ses esprits. Quand il la vit dans son plus simple appareil, le sien, de génital, ne piqua pas du nez ! Celle qui avait commis l’adultère, ravala son profond dégoût pour l’homme étendu au sol et, d’une certaine manière, moucha la chose visiblement tendue à l’extrême ! Une fois, l’affaire rondement menée, elle s’esquiva dans la salle de bains où l’évier en marbre encaissa les juteux dividendes.

Pendant ce temps-là, le préfet, en décoinçant sa tête de la moquette, se libéra de son amnésie partielle. Bien avant qu’il ne se relève, la moutarde lui monta au nez. Une fois en station debout et remonté comme jamais, il se dirigea vers cette salle de bains où sa femme se gargarisait la bouche. Parvenu devant la porte, il agrippa sa poignée qui ne céda nullement à ses tentatives d’intimidation. La garce, certes écervelée, mais pragmatique, avait prit grand soin de la verrouiller. À travers cette porte qui se refusait à lui, le préfet, en des termes guère policés pour un homme de son standing, vitupéra :

  • Salope ! Tu n’es qu’une putain de salope ! Que tu te fasses bourrer ta chatte toujours en ébullition par un éressayiste, cela me fait déjà bien mal au cul, mais que tu oses le faire avec un qui n’est pas du cru ! Là, tu es allée trop loin ! Ça, jamais, je ne te le pardonnerai ! Tu entends, salope ?

  • Oui, Joseph, bredouilla celle qui se faisait passer un savon préfectoral. Moi-même, je ne comprends pas… Oh ! comment ai-je pu tomber aussi bas ? sanglota-t-elle en écartelant la porte. Frappe-moi ! Frappe-moi, c’est tout ce que je mérite !

Le mari s’apprêtait à obtempérer, quand il aperçut, pendouillant entre les seins de sa femme, la croix pas ammoniaquée ! L’infidèle, les bras grands ouverts et les yeux clos, ne sentant rien venir, se jeta aux pieds du cocu. Bien que son odorat en pâtisse, elle resta, Dieu sait combien de temps, dans cette position ! « Frappe-moi, mais frappe-moi donc Joseph ! Tu as raison, je suis une putain ! » lâcha-t-elle, entre deux longues séquences en apnée.

Son mari, un temps aveuglé par cette colère, parfois bénéfique à l’homme, mais surtout génératrice de folies meurtrières, ne répondit point aux vives doléances de sa femme. C’est même, avec ménagement, qu’il la décramponna. Comme quoi, l’endoctrinement religieux, en soi, n’a pas que du mauvais ! pourrait-on croire, mais en vérité, cette femme ne devait son salut qu’à une simple fellation ! « Je vais faire en sorte que cette chose ne se renouvelle plus ! » marmonna-t-il en allant s’enfermer dans son bureau.

Voilà donc la raison pour laquelle le préfet avait ordonné un couvre-feu. Ce grave manquement aux devoirs, plutôt que de heurter les notables de la ville, passa comme une lettre à la poste !

Mais bien vite, les couches populaires qui, on se demande toujours pourquoi et surtout avec quel argent, aiment à traîner dans les rues ou dans des bistrots, manifestèrent leur juste mécontentement. Et n’en déplaise au cocu de préfet, le couvre-feu fut levé.

Pour autant, cette incessante « ruée vers l’or » dans les départements labellisés R.A.S, finit par créer des conflits inter-éressayistes. Autochtones, franciliens et exilés d’autres provinces désœuvrées s’entredéchiraient pour obtenir ce fameux sésame : le mirobolant R.A.S. Ils ne se regardaient plus en chien de faïence ; ils étaient passés à l’acte. Sans être meurtrières, leurs rixes répétées obligèrent les politiques, toutes tendances confondues, à agir en conséquence. Ainsi, tous les Présidents de Conseils Généraux, victimes du fléau, se réunirent en cellule de crise. Après concertation déconcertante, ils paraphèrent une lettre de protestation à l’adresse du Président de la République. La réponse du locataire de l’Élysée, qui n’avait pas eu le moindre écho du rapport des R.G et de ces conséquences fâcheuses, fut sans appel. Certes, sur les conseils de son mentor, le mot « empathie » figurait aux premières loges, mais au final, celui de « décentralisation » lui volait la vedette ! Moralité, c’était : messieurs, démerdez-vous avec les compensations financières que je vous accorde !

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Samedi 22 août 2009 6 22 /08 /Août /2009 09:29

À des millions de kilomètres de Phélon, dans la constellation de l’Absurde, subsistait une minuscule planète de forme cubique où des visages blafards et aphones priaient pour une troisième paix mondiale ! Elle avait pour nom Phœtus.

Dans cet univers belliqueux, les aguerriculteurs avaient saccagé les champs de blé et de maïs afin d’y semer leurs champs de mines et d’obus. Chaque nation belligérante, à grands coups de spots publicitaires, vantait les mérites de la guerre !

« C’est la première industrie du monde ! »

« Avec elle, plus de problème de retraite ou de chômage ! »

« La panacée contre la vieillesse ! Que pouvez-vous donc rêver de mieux ? »

« À Noël, offrez donc à vos chers enfants ces merveilleux gadgets qui sentent si bon la poudre et crachent si bien la foudre ! »

Oui ! Il faisait bon guerroyer et mourir sur Phœtus !

 

Dans le royaume de l’Avortée, une présentatrice de la télévision mère annonçait la météorologie nationale :

« Demain, dans la matinée, une brume radio-active touchera l’ensemble du pays et ce, jusqu’à onze heures. Dans l’après-midi, le ciel se dégagera, mais pas pour longtemps, car de violentes ondées de mitraille feront leur apparition. Elles devraient, selon nos toutes dernières estimations, se dissiper en fin de soirée aux environs de quinze heures. »

  • À l’heure du couvre-feu ! maugréa Phœtusia. Encore une journée à glander grave dans ce putain de blockhaus !

  • Au lieu de râler comme cela ! s’écria son paternel, tu ferais peut-être mieux d’aller renifler le pot-au-feu et me dire, s’il est bientôt prêt !

À peine eut-il achevé cette réplique, on ne peut plus discourtoise, qu’une phénoménale gifle percuta sa joue droite !

  • En voilà des façons de parler à sa fille ! asséna son épouse. La prochaine fois, Avorto, tu seras bon pour un grand coup de pied dans ta péniche !

Chez les phœtusiens comme chez les phéloniens, toutes les parties intimes du corps se déclinaient au féminin. Un cul, c’était une boîtakaka, un vagin, une écluse et un clitoris, une cléquiris. Péniche représentait donc le pénis.

  • Non, non pas cela ! supplia l’enclaqué. Hitléria, excuse-moi… Pour me faire pardonner, permets-moi de te baiser les pieds…

  • Phœtusia ! s’exclama-t-elle, rapplique par ici, ma petite Phœtusia chérie !

  • Oui, mater adorée ! répondit sa fille.

  • Ton abruti de père voudrait te lécher les pieds, n’est-ce pas Avorto ?

  • Avec grand plaisir ! bava-t-il tendrement.

Ne se faisant pas prier, Phœtusia qui avait l’habitude de marcher sans chaussure, tendit ses pieds à son paternel soumis. Après cette collation poussiéreuse, Avorto fila dans la salle de bains.

Pendant son intermède buccal, Hitléria et Phœtusia discutaillaient dans le salon.

  • Oh mère ! soupira Phœtusia, vous ne pouvez pas imaginer combien je suis fatiguée d’être encore vierge !

  • Ah ! parce que tu crois, ma fille, que putain, c’est reposant, toi ? pesta la mère.

  • Oh mater ! mais n’y aurait-il pas un juste milieu ? gémit la demoiselle désenchantée.

  • Vierge ou putain ! vociféra Hitléria. Sur Phœtus, il n’y a pas d’autre alternative ! Et je ne veux pas que ma fille soit une putain ! Compris ?

  • Oui mère… je vous comprends parfaitement.

  • Maintenant ma fille adorée va rejoindre ta chambre et tâche donc, par la même occasion, d’éteindre ce feu intérieur qui te démange ! rajouta-t-elle, non sans un sourire complaisant.

Il fallut plus d’un quart d’heure à Phœtusia pour retrouver sa chambre qui s’était égarée dans la partie sombriarde du blockhaus. Une fois à l’intérieur, comme tous les soirs, l’adolescente tuait le temps en écrasant les moustiques qui avaient la fâcheuse habitude de se dépuceronner sur elle ! D’ailleurs, cette petite chipie ne s’en tenait pas qu’à eux. Pucecarrés et mouchecarrés subissaient le même sort. Aujourd’hui, la recette semblait excellente ! Il y en avait au moins une livre de pilée !

 

À cent mètres de ce blockhaus toussotait une rivière où un petit poisson pleurait sa trop cruelle solitude.

Et pourtant, une semaine auparavant, toute sa famille au complet, était là pour fêter dignement son mariage. Elle avait organisé un super pique-nique. Un orchestre, avec en vedette un poisson-trompette du Chénégal, s’était déplacé pour l’heureuse circonstance.

Son épouse, emmitouflée dans une robe d’écailles bleues, de nageoire en nageoire, valsait avec son frère, sa mère et son père. Qu’il était heureux ce petit poisson !

Ce jour-là, même la rivière avait honoré son union avec celle qu’il chérissait. Ainsi, pour que la fête se déroule sans le moindre remous, elle avait coupé le courant ! Oui ! Tout baignait dans l’huile !

Le besoin, s’en faisant sentir, l’heureux marié s’absenta dans un endroit propice à quelques dizaines d’algues des réjouissances. Pendant qu’il se vidait allègrement, sa tête se remplissait de fantasmielleuses visions. En prélude à la lune de miel, il se voyait, lui et sa belle, escortées jusqu’à leur cavité nuptiale par des poissons-soleil. Quant à ce voyage de noces, qu’ils avaient tant langui et qui devait les conduire jusqu’à l’océan, il l’imaginait se finir en apothéose sur le dos bienveillant d’une baleine rose.

Un obus perdu mit fin à ses rêves ! Lui seul avait survécu à cet intrus explosif. Le poisson orphelin avait trouvé refuge à l’intérieur d’une coquille d’huître morte. Inconsolable, il déposait ses perles sur la nacre où s’ancrait son désespoir !

Une semaine qu’il n’était point sorti de sa coquille ! Mais aujourd’hui, que lui importait la mort !

Un bruit sec et lourd le fit sursauter. Regardant de plus près, il vit une forme humaine qui nageait avec une grande débauche d’énergie.

Ce qui étonna le petit poisson, c’est qu’elle semblait toute habillée. De plus, cela faisait belle lurette qu’un phœtusien ne s’était immergé dans cette rivière. Ma foi, l’orphelin paraissait bien content d’avoir de la compagnie. Il suivit le nageur dans sa course effrénée, le doubla et le contourna. C’était un jeu très amusant ; le petit poisson retrouvait un peu de sa joie de vivre d’antan !

Soudain, un coup de feu incita la forme humaine à plonger plus profondément dans la rivière.

Après un temps d’hésitation, le poisson rattrapa son compagnon de divertissement. Néanmoins, il fut intrigué par ce liquide rouge qui s’échappait de la veste du nageur. Et quand son nouvel ami remonta à la surface pour reprendre son souffle, une seconde déflagration le lui fit perdre à tout jamais ! Il gesticula quelques secondes et se laissa bercer au fil de l’eau.

À nouveau seul et désemparé, le petit poisson fut une proie bien facile pour le bec de ce martin-pêcheur, qu’il avait jadis tant de fois ridiculisé, en jouant au chat et à la souris !

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Samedi 22 août 2009 6 22 /08 /Août /2009 09:27

Voici l’extraordinaire histoire de mon come-back terrestre. C’est en 1959 qu’il m’apparut nécessaire de rompre mon C.D.I avec le Paradis où ma vie d’ange-orchestre, bien qu’étant fort enviable, me rendait sinistre. Aussi sidérant que cela puisse paraître, mon âme était en manque de corps !

Je fus convoqué par mon archange en chef, totalement ébaubi par le fait que j’aspire ainsi à rendre mon angélique tablier. Après nous être longuement entretenu du pourquoi de la chose, il en avisa le Tout-Puissant. Après délibération, l’Éternel, en son âme et omniscience, consentit à ma requête et dans le cadre de la réimplantation de mon âme vers une enveloppe corporelle digne de mes aspirations, il me proposa un copieux choix de planètes où la paix régnait depuis la nuit des temps. À son grand désappointement, devant l’écran où s’affichaient toutes celles qu’il me conviait d’intégrer, je pris la souris et cliquai sur la plus belliqueuse des planètes : la Terre, où deux siècles auparavant, j’avais émis des griefs à l’encontre des bourgeois et des révolutionnaires. En cette période de grande agitation, ma condition de femme, d’un côté comme de l’autre, ne les intéressait guère ! Mais je dois couper court à cette vie antérieure qui me titille l’âme et que d’ailleurs, j’aurais tout loisir de vous conter dans un autre ouvrage !

Car, à présent dans le cénacle du Paradis, j’étais dans l’obligation comme tout ange qui se respecte, de solliciter un vœu aux instances divines. Sans aucune réprobation, mon désir fut exaucé. C’est nanti d’un sexe mâle que j’irai, là où Satan avait élu domicile, depuis qu’un fameux procès poussa Jésus notre sauveur à mourir d’un tétanos florissant ! Le seul point noir de ce retour à la case départ était que je n’aurais souvenance de ma vie d’ange et de femme qu’à l’orée de la cinquantaine.

 

Ma réinsertion terrestre eut comme point d’ancrage une de ces colonies que la France menait en bateau… Jusqu’à ce jour fatidique où, devenant fort embarrassante, le Général qui avait tout compris, clama : « Larguez les amarres ! »

Mon âme, après moultes rebondissements aux quatre coins du globe, avait atterri dans la peau d’un bébé de trois kilos quatre cent-cinquante grammes. Je naquis donc le 25 janvier 1960, à Alger. J’étais le fils d’un adjudant et d’une mère de carrière. À ce sujet, ma nouvelle intrusion dans la vie temporelle faillit être de bien courte durée ! L’avortement n’étant point encore d’actualité, ma génitrice pas encore remise de sa fournée précédente avait ingurgité une pléthore de médicaments néfastes à l’émancipation du fœtus sur lequel se logea mon âme. Plutôt que de lui en tenir rigueur, il faut reconnaître que, se taper neuf grossesses en dix ans, même pour une femme qui pète la forme, c’est loin d’être une sinécure ! Rarement à jeun le ventre de mon héroïque mère où j’avais fini placé, troisième, à une encolure ! Les créatures qui m’avaient ouvertement devancé appartenaient à ce sexe dont la faiblesse n’est qu’un leurre !

Sans doute, ma vie antérieure allait-elle inconsciemment influencer l’homme que je voulais être : un homme, non à l’écoute de cette raison qui déshumanise la société, mais à celle du cœur qui élève l’âme.

Caca faisant, j’arrivais à l’âge où ramper n’est plus. Marcher ! Courir ! Temps d’ivresse dont l’Enfance nous fait grâce !

De cette ancienne colonie, qui n’était franchement pas de vacances pour les autochtones… enfin plutôt les indigènes comme cela était signifié sur leur carte d’identité, je n’en avais conservé aucun souvenir. Pas une seule de ces réminiscences qui engendraient de la nostalgie et parfois de la haine aux membres de ma famille et à toute la communauté des pieds-noirs, mises incontinent en quarantaine par les franchouillards de la Métropole !

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Samedi 22 août 2009 6 22 /08 /Août /2009 09:05

  

Quand Diogène de Sinope mangeait sur la place publique, les passants le traitaient toujours de chien. « Vous êtes les chiens, répondait-il, puisque vous faites cercle autour de moi pendant que je mange. »

Pendant un repas, on lui jeta des os comme à un chien ; alors, s’approchant des convives, il leur pissa dessus comme un chien.

 

Diogène Laërce



En janvier 2028, sous le règne de Jean Sarkoski, l’Ile-de-France, était et de loin, en matière de éressayistes, (allocataires du Revenu de Solidarité Active) la région la plus florissante de l’Hexagone. Il n’empêche que cette même année, excepté le Val-d’Oise, les départements, la composant, ne bénéficièrent point de la mise en place du R.A.S. (Revenu d’Activité Soutenue)
Pour une besogne équivalente, a priori encadrée avec beaucoup moins de laxisme, les heureux élus percevaient 199 euros de plus par mois qu’un simple éressayiste. Orchestré par Martial Kirsh, le ministre de la Solidarité, ce nouveau dispositif profitait seulement à vingt-cinq départements triés sur le volet. Pour les autres, il n’entrerait en vigueur qu’en janvier 2030. Il convient de souligner que cette criante injustice sociale ne sauta nullement aux yeux des cadors de l’Opposition. Chose plus étonnante, aucun journaliste de la presse satirique ne polémiqua sur le sujet. Mais, plus bizarroïde encore, pas un seul des départements mis au ban du R.A.S, ne poussa des cris d’indignation. Pire ! certains s’en étaient même réjouis ! Mais, pourquoi, à l’annonce de cette absurde décision gouvernementale, n’avaient-ils pas bronché ?La réponse ne se fit point attendre ; un an plus tard, un rapport des Renseignements Généraux tomba entre les mains d’une triplette de ministres. Voici le passage qui, plutôt que de préoccuper ces membres du gouvernement, les fit rivaliser de diatribes : Ainsi, durant l’année écoulée, nous avons constaté que deux millions sept cent mille éressayistes, dont plus de la moitié vivait en l’Ile-de-France, se sont exilés dans les vingt-cinq départements qui tirent profit du Revenu d’Activité Soutenue !

    • Ah ! mes amis, ce rapport, c’est une véritable aubaine pour Paris ! exulta l’un des ministres. Que dis-je ? C’est carrément un ballon d’oxygène pour notre chère Capitale ! Tous ces gens qui traînent en affichant leurs petites misères dans ses rues et surtout sur la plus belle avenue du Monde, font grand tort au tourisme ! Et puis, on ne me fera pas croire à moi que ces allocataires du R.S.A n’ont pas un goût prononcé pour l’activité minimum !

    • Mon cher Jean-Charles, vous avez tout à fait raison ! renchérit l’homme qui lui faisait face en agitant le Journal des Finances. Ah ! cette bonne nouvelle me ramène vingt ans en arrière ! Vous vous souvenez, quand le R.S.A a supplanté le R.M.I dans ces mêmes départements ?

    • Effectivement, Alexandre je m’en rappelle très bien… Notre région, excepté encore le Val-d’Oise, avait dû poireauter dix-huit mois avant la mise en place de ce plan pour mort la faim !

    • Et, à cette époque, combien de érémistes franciliens avaient pris leurs cliques et leurs claques pour filer en direction de ces zones où le R.S.A avait été instauré ? enchaîna le troisième larron.

    • Six cent vingt-cinq mille mon cher Édouard ! claqua aussitôt Jean-Charles.

    • Félicitations ! s’écria Alexandre, je vois que vous avez une excellente mémoire des chiffres !

    • Merci ! merci… mais pour en revenir à la mauvaise volonté de ces éressayistes qui continuent, malgré tout, de polluer notre si belle région, je vous donne un exemple tout bête. Même eux ne peuvent ignorer que le BTP et l’hôtellerie manquent sérieusement de main-d’œuvre et pourtant, y’en a pas un qui, messieurs, pardonnez-moi l’expression, bougera son cul pour sortir de son assistanat !

    • Ah ! si cela ne tenait qu’à moi, pour ces éressayistes, j’instaurerai sur-le-champ un truc du genre S.T.O ! enragea Édouard.

    • Allons ! allons, mon brave ami, reprit le ministre qui avait jeté la première pique, ne vous mettez pas dans cet état-là ! Et, savourez donc votre café avant, si je puis dire, qu’il ne prenne froid.

    • Messieurs ! permettez-moi, renchérit celui qui avait passé la seconde couche, en prenant un air grave, d’avoir une petite pensée émue pour ces pauvres assistantes sociales qui, dans l’affaire, vous serez d’accord avec moi, ont tout de même perdu une grosse partie de leur clientèle !

    • Ah ! Ah ! mon cher Jean-Charles, vous, vous avez toujours le mot pour rire !

    • Il est carrément impayable ! jubila le tenant des méthodes draconiennes. Cela dit, plaisanterie mis à part, moi je trouve fort surprenant qu’elles ne se soient point encore manifestées.

    • À leur sujet, moi, j’ai bien ma petite idée, dit Jean-Charles. Mes amis, puis-je vous la soumettre ?

    • Faites ! Faites ! reprirent à l’unisson ses collègues dont les yeux pétillaient comme ceux des enfants devant l’arbre de Noël achalandé, nous sommes tout ouïs !

    • Quand ces éressayistes, les moins fainéants d’entre eux, ont plié bagage et se sont agglutinés dans les contrées où le R.A.S sévit, les plus revendicatrices d’entre elles, leur ont emboîté le pas…

    • C’est, ma foi, une hypothèse qui tient bien la route ! répliqua Alexandre. Et vous, mon cher Édouard, qu’en pensez-vous ?

    • Moi, je valide cette hypothèse ! Néanmoins, au vu de ce rapport qui nous fait passer un si agréable moment, j’en connais d’autres qui sont bien plus à plaindre que les A.S !

    • Ah ! bon… et lesquels ? s’empressa de demander Alexandre.

    • Les départements qui ont eu droit à ce coup de pouce gouvernemental !

    • Effectivement mon cher, je n’y avais pas pensé… c’est plus que probable qu’ils doivent l’avoir mauvaise avec ce R.A.S !

    • Eh ! ben, en fait de coup, de pouce, c’est un majeur, que leur a mis et bien profond ! notre ministre de la Solidarité !

    • Ah ! Ah ! Ah ! Édouard, comme métaphore, c’est un peu grossier, voire vulgaire, mais elle tombe sous le sens ! enchaîna Jean-Charles. Ah ! ça, on peut pas dire, qu’il leur a fait une fleur, le gauchiste de notre gouvernement !

    • Allons ! Allons Jean-Charles, reprit Alexandre, je vous trouve bien sévère avec cet homme. Le traiter de gauchiste, c’est tout de même lui faire injure ! Pour ma part, je n’ai pas souvenance qu’il ait soutenu, ne serait-ce qu’une seule fois, une des revendications débiles du porte-drapeau de la Gauche sardine !

    • C’est exact… Alexandre, comme toujours, vous avez entièrement raison, bredouilla Jean-Charles… disons, qu’humaniste de gauche conviendrait mieux à sa personne, n’est-ce pas ?

    • Voilà qui est mieux mon cher…

     

    Tout en s’acharnant à casser du sucre sur le dos des éressayistes franciliens et autres, le trio flanquait une méchante cure d’amincissement au rapport. Des feuilles, transformées en avions et promises à la poubelle, volaient bien haut, avant de retomber sur le parquet.

  •  

Par Georges Grausi - Publié dans : EXTRAIT DE ROMAN
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Dimanche 21 juin 2009 7 21 /06 /Juin /2009 16:04

Dans les abysses d’une poubelle à papier gisait une enveloppe de grand format dont l’embonpoint ne laissait planer aucun doute sur son contenu : un manuscrit d’une centaine de pages y croupissait. A posteriori, une insolente main ne l’avait qu’effleuré. Sur la préface, un zeste de rouge à ongle témoignait du peu d’intérêt qu’on lui avait accordé. Quelle terrible désillusion pour cet ouvrage qui se voyait déjà encensé et primé entre les mains de Bernard Pivot ! En fait de reconnaissance, il se retrouvait piteusement aux pieds d’une femme de ménage ! Écrabouillé par des manuscrits tout aussi méprisés que lui, il s’efforçait en vain de consoler ses feuilles, toutes tremblantes à l’idée de finir dans une benne à ordures !

Dans la maison d’édition où il avait jeté son dévolu, les patrons guère scrupuleux, ne publiaient que des gens dont la renommée n’était plus à faire : Stars du show-biz, politiciens, sportifs et tous ceux qui alimentaient grassement la une de la presse populaire, recevaient l’approbation du comité de lecture. Celui-ci fermait volontiers les yeux sur leurs indigences littéraires. Les nègres, toujours en première ligne, pareils aux intermédiaires qui blanchissent l’argent de la mafia, faisaient passer ces vomis d’écrivaillons, de médiocres à passables ! Ainsi, cette vénale maison d’édition qui jetait le discrédit sur ses honorables pairs, alignait best-seller sur best-seller.

Quand Elsa, la femme de ménage, souleva la poubelle, les feuilles, prises de haut-le-cœur, tombèrent en syncope. Bien qu’en triste état, l’enveloppe serra tout contre elle ses demoiselles en pâmoison. Dans le meilleur des cas, leur calvaire prendrait fin dans une quelconque cheminée. Ce fut le timbre affalé sur l’enveloppe qui les détourna des ordures ménagères. Arborant les couleurs d’un paysage champêtre, il chavira le cœur de cette jolie provinciale que les aléas de la vie avaient fait échouer dans une studette située à deux pas du canal Saint-Martin. Elsa s’agrippa à ce pli et fondit en larmes. L’encre qui avait une peur bleue de l’eau s’éclipsa promptement ! Ainsi disparurent le nom et l’adresse de l’auteur de cet ouvrage mis à flots. Emportée par ce vague à l’âme, la femme de ménage plongea l’enveloppe dans son sac à main et s’en alla, bien décidée à noyer son chagrin dans l’alcool.

Publié dans : EXTRAIT DE ROMAN
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