Cet exode urbain avait pourtant bel et bien engendré un sacré binz dans les départements privilégiés ! Les « migrants guère solvables » ne faisaient
aucun effort pour s’adapter aux mœurs, certes, un tantinet rurales, de ces nouveaux Eldorados ! Seul, le Val-d’Oise, où pas moins de cent-cinquante mille éressayistes s’étaient incrustés, ne
payait pas les pots cassés de cette foutue bavure politique. Et pour cause ! Dans ce département francilien, ils ne sentaient pas vraiment dépaysés !
Dans les départements, où la cambrousse encercle villes et villages, les choses allèrent de mal en pis. Commissariats et gendarmeries se voyaient harcelés par un
afflux de plaintes pour vols, grivèleries et agressions verbales ! Histoire de désembouteiller ces locaux, à l’accoutumé, quasi-déserts et de rassurer l’autochtone, les préfets durent
prendre des mesures d’urgence. Dans certains villages où l’ambiance était plus qu’électrique, ils durent organiser des rondes de nuit. Pour cela, faute de personnel, ils firent entrer dans la
danse des fonctionnaires à la retraite. Hélas ! malgré l’extrême dévouement de ces derniers, la courbe des actes délictueux continua de grimper en flèche.
Dans l’un de ces départements envahis par une horde de éressayistes franciliens, son préfet de police dépassa même la mesure. Du jour au lendemain, sans que la
raison ne le commande, il imposa un couvre-feu dans son bourg de résidence ! Dès vingt heures et ce, jusqu’à six plombes du mat, il ne faisait pas bon traînasser dans les rues ! Quelle
mouche l’avait donc piqué pour prendre une telle décision, jugée arbitraire par ses propres pairs ?
La cause en incombait à sa femme anorexique, mais dont l’appétit sexuel était pantagruélique !
Un soir où son mari devait honorer l’un des nombreux engagements inhérents à sa haute fonction, elle noua, c’est peu dire ! d’étroites relations avec un
envahisseur (c’est ainsi que les villageois appelaient les éressayistes franciliens) venu du Neuf-Trois. Pour une raison X, Y ou Z, comme vous voulez, le préfet rentra plus tôt que prévu et tomba
devant le fait qui s’accomplissait ! L’allocataire du R.S.A qui, comme tous ses semblables, avait la fâcheuse réputation de s’en tenir, niveau taf, qu’au strict minimum, là pour le coup,
s’activait bigrement ! Quant à la femme, elle poussait des vocalises qui, en d’autres circonstances, auraient ravi l’oreille musicale de son mari.
Ainsi, le couple ne suspectait pas qu’un voyeur, à l’insu de son plein gré, assistait à leurs ébats amoureux.
Le pauvre homme, élevé dans la pure tradition catholique, en conséquence un peu maso sur les bords, eut la délicatesse de n’interrompre ce coït, qu’à l’instant
précis où l’orgasme de sa femme qui n’en finissait plus, la mit pour de bon en veilleuse. Le préfet, alpaguant la couette qui gisait au pied du lit, l’expédia avec force sur les amants qui
évoluaient à découvert.
Promptement désarçonnée, sa femme se laissa engloutir sous elle.
Le peine-à-jouir qui, dans un coin de sa tête, se doutait bien que le préfet ne lui accorderait pas une séance de rattrapage, feint l’ignorance.
-
Écoutez monsieur, je suis désolé… Votre femme m’avait pourtant juré qu’elle était célibataire ! balança-t-il avec un accent qui trahissait bien ses
origines franciliennes.
-
Monsieur est en vacances dans la région, je présume ? rétorqua le cocu qui, malgré le fait que son amour-propre ait subi de lourdes pertes, tâchait de
faire bonne contenance.
-
Non… pas vraiment, bredouilla l’autre. Cela fait six mois que je me suis installé ici…
-
Une mutation, sans doute ? enchaîna avec une pointe de cynisme le haut fonctionnaire de police.
-
Non pas du tout… Moi, si j’ai débarqué dans le département, c’est dans le seul but de postuler pour le R.A.S…
-
Ah ! oui d’accord, monsieur est éressayiste… répliqua dédaigneusement le préfet. Si je comprends bien, vous voulez vous faire, comme qui dirait, une place
au soleil dans notre charmant bourg…
-
Ben…
-
Bon, nous avons assez discouru ! pesta le préfet en découvrant que, sur la moquette, les pantalons des amants adoptaient une posture toute aussi incongrue
que celle endurée auparavant par ses yeux.
Un instant, il crut même les voir bouger ! Aussitôt, l’homme bafoué donna un grand coup de tatane sur ces fringues. Dans le lit conjugal, la femme infidèle
était toujours en totale immersion.
Quant à l’ex-francilien, qui commençait à faire dans son froc, il se fit si petit que le coussin, où sa tête reposait, finit par réceptionner tout son
corps !
À la vue de cet inconcevable tableau, le mari tomba à la renverse. Malgré l’épaisse moquette, le parquet ne resta pas de marbre. Pardi ! Le préfet pesait bien
son quintal. L’onde de choc ébranla le lit, certes étudié pour, mais dont les ressorts brisés et les pieds enflés par les ultimes rebondissements lascifs, espéraient bien une trêve !
Instinctivement, la pécheresse jaillit de sa tanière et se porta au chevet du pauvre bougre.
Quant à son amant d’un soir, quelque peu rassuré par la tournure des événements, il abandonna sa taille de lilliputien. Vite fait, il se re-sapa et, sautant
par-dessus le couple recomposé, prit la poudre d’escampette. Quand bien même cet homme serait resté sur les lieux du crime de lèse-majesté, son intégrité physique ne risquait plus grand cave. Le
préfet, dont la tête avait creusé un cratère dans la moquette, n’était plus en mesure de laver l’affront. Malgré son quintal presque tout en muscles, les séquelles de sa chute ne furent pas
minces. Elle lui avait, en quelque sorte, liposuccé tous ses kilos d’adrénaline.
Sa femme, penchée sur lui, était, comme qui dirait, encore en tenue de combat lubrique.
Son cocu de mari, hormis ceux de sa mémoire récente, reprit un à un tous ses esprits. Quand il la vit dans son plus simple appareil, le sien, de génital, ne piqua
pas du nez ! Celle qui avait commis l’adultère, ravala son profond dégoût pour l’homme étendu au sol et, d’une certaine manière, moucha la chose visiblement tendue à l’extrême ! Une
fois, l’affaire rondement menée, elle s’esquiva dans la salle de bains où l’évier en marbre encaissa les juteux dividendes.
Pendant ce temps-là, le préfet, en décoinçant sa tête de la moquette, se libéra de son amnésie partielle. Bien avant qu’il ne se relève, la moutarde lui monta au
nez. Une fois en station debout et remonté comme jamais, il se dirigea vers cette salle de bains où sa femme se gargarisait la bouche. Parvenu devant la porte, il agrippa sa poignée qui ne céda
nullement à ses tentatives d’intimidation. La garce, certes écervelée, mais pragmatique, avait prit grand soin de la verrouiller. À travers cette porte qui se refusait à lui, le préfet, en des
termes guère policés pour un homme de son standing, vitupéra :
-
Salope ! Tu n’es qu’une putain de salope ! Que tu te fasses bourrer ta chatte toujours en ébullition par un éressayiste, cela me fait déjà bien mal au
cul, mais que tu oses le faire avec un qui n’est pas du cru ! Là, tu es allée trop loin ! Ça, jamais, je ne te le pardonnerai ! Tu entends, salope ?
-
Oui, Joseph, bredouilla celle qui se faisait passer un savon préfectoral. Moi-même, je ne comprends pas… Oh ! comment ai-je pu tomber aussi bas ?
sanglota-t-elle en écartelant la porte. Frappe-moi ! Frappe-moi, c’est tout ce que je mérite !
Le mari s’apprêtait à obtempérer, quand il aperçut, pendouillant entre les seins de sa femme, la croix pas ammoniaquée ! L’infidèle, les bras grands ouverts et
les yeux clos, ne sentant rien venir, se jeta aux pieds du cocu. Bien que son odorat en pâtisse, elle resta, Dieu sait combien de temps, dans cette position ! « Frappe-moi, mais
frappe-moi donc Joseph ! Tu as raison, je suis une putain ! » lâcha-t-elle, entre deux longues séquences en apnée.
Son mari, un temps aveuglé par cette colère, parfois bénéfique à l’homme, mais surtout génératrice de folies meurtrières, ne répondit point aux vives doléances de
sa femme. C’est même, avec ménagement, qu’il la décramponna. Comme quoi, l’endoctrinement religieux, en soi, n’a pas que du mauvais ! pourrait-on croire, mais en vérité, cette femme ne
devait son salut qu’à une simple fellation ! « Je vais faire en sorte que cette chose ne se renouvelle plus ! » marmonna-t-il en allant s’enfermer dans son bureau.
Voilà donc la raison pour laquelle le préfet avait ordonné un couvre-feu. Ce grave manquement aux devoirs, plutôt que de heurter les notables de la ville, passa
comme une lettre à la poste !
Mais bien vite, les couches populaires qui, on se demande toujours pourquoi et surtout avec quel argent, aiment à traîner dans les rues ou dans des bistrots,
manifestèrent leur juste mécontentement. Et n’en déplaise au cocu de préfet, le couvre-feu fut levé.
Pour autant, cette incessante « ruée vers l’or » dans les départements labellisés R.A.S, finit par créer des conflits inter-éressayistes. Autochtones,
franciliens et exilés d’autres provinces désœuvrées s’entredéchiraient pour obtenir ce fameux sésame : le mirobolant R.A.S. Ils ne se regardaient plus en chien de faïence ; ils étaient
passés à l’acte. Sans être meurtrières, leurs rixes répétées obligèrent les politiques, toutes tendances confondues, à agir en conséquence. Ainsi, tous les Présidents de Conseils Généraux,
victimes du fléau, se réunirent en cellule de crise. Après concertation déconcertante, ils paraphèrent une lettre de protestation à l’adresse du Président de la République. La réponse du
locataire de l’Élysée, qui n’avait pas eu le moindre écho du rapport des R.G et de ces conséquences fâcheuses, fut sans appel. Certes, sur les conseils de son mentor, le mot
« empathie » figurait aux premières loges, mais au final, celui de « décentralisation » lui volait la vedette ! Moralité, c’était : messieurs, démerdez-vous avec les
compensations financières que je vous accorde !
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