Histoire de ne pas reperdre le sens des réalités, Joël se coltina dans son intégralité le journal du Vingt heures sur la Une et, comme si cela ne suffisait pas, il enchaîna avec une grosse heure de France-Info et s’acheva avec une lecture assidue du Parisien ! Après cette mortelle trithérapie, l’heure n’était plus pour lui, de chanter à tue-tête, « Maman, les petits oiseaux ! » ou « La ballade des gens heureux ». Dormir ! Oh ! oui dormir ! Notre repu d’informations soufflant plus le froid que le chaud, n’aspirait plus qu’à cela ! Il s’écroula, ivre de fatigue, sur son grand lit. Il n’empêche, qu’avant de sombrer dans un sommeil bienfaiteur, malgré les sages recommandations de sa vieille complice, ce bougre de semi inconscient se fixa un objectif : rencontrer, coûte que coûte, Joséphine Jobert. Il le fallait, pensait-il, ne serait-ce que pour lui dire qu’une femme, native du berceau de l’humanité, en usurpant son sublime visage d’adolescente, l’avait cruellement bercé d’illusions. Sur les coups de 23h, Morphée, qui l’avait dans le viseur, depuis quarante-cinq minutes, le tira de cette pensée obsessionnelle. Ainsi, Joël, comme il ne l’avait pas réalisé depuis sa plus tendre enfance, s’endormit sur le dos.
N’était-ce que le simple fruit du hasard, mais cette nuit du 27 janvier 2012, de mémoire de noctambule, fut nul autre à pareille. La Lune, surplombant Paris, engrossée, comme jamais elle ne l’avait été, et rousse, bien avant son mois de prédilection, faisait trop d’ombre aux étoiles. Ces dernières, piquées au vif dans leur aura-propre, tentèrent bien de la mettre en veilleuse ! Ainsi, mises au ban du ciel, ces frustrées communiquèrent entre elles avec un langage stroboscopique qui échappa à l’entendement des astronomes en poste cette nuit-là, mais point à leur vue. Mais tous ces scientifiques, avec leur puissant télescope braqué sur la voûte céleste, n’avaient pas idée du plan orchestré par les étoiles. À minuit pile, elles s’étaient filées rencard, en un point bien précis, juste à cinq millions de kilomètres de l’hégémonique Lune. Ah ! pour sûr, qu’avec leur coup d’éclat, elles comptaient bien lui donner un max de fil à retordre ! Quant à ces astronomes, pourtant aguerris au spectacle haut en couleur qu’offre, en permanence, notre galaxie, ils allaient véritablement tomber des nues.
Bien loin de cette mutinerie céleste, à venir, Joël, avec son but de dernière minute, qui lui fit, à nouveau, croire en sa bonne étoile, était emporté dans un rêve, en l’occurrence, romantique. Néanmoins, il était à deux doigts… enfin, disons plutôt, un, de virer à tout autre chose. Avec qui s’apprêtait-il à déshonorer sa nature fleur bleue ? Pff ! non mais quelle question… Certes, il est bien vrai que mon écriture a une furieuse tendance à ne pas prendre les cons pour des gens ! Mais il y a quand même des limites qu’elle ne saurait me faire franchir. Pour en revenir à son rêve, au risque de surprendre mes plus fidèles lecteurs, voire de les décevoir grandement, je n’en dépeindrai pas la suite, pourtant agrémentée de multiples et suaves rebondissements. Fichtre ! Mais pourquoi les priver, me demanderez-vous à juste titre, d’une ou deux pages empreintes d’érotisme, voire d’un petit doigt de pornographisme ? Hélas ! je dois avouer que la cause en revient à ma reconnaissance littéraire, fraîchement acquise. Ah ! ça, elle n’a pas que du bon à m’offrir. Voilà que je subis de plein fouet sa mauvaise influence. En se préoccupant du qu’en-écrira-t-on, elle m’oblige à penser aux naïfs et mièvres goûts d’un certain public ; celui qui tombe presque en pâmoison, quand il découvre sur le petit ou grand écran, un duo d’amoureux, dont l’un, par inadvertance ou non, s’en vient impunément balader une main, en dehors de la zone faciale ! Bref, ce large public qui ne s’est pas encore remis et ne se remettra jamais de La petite maison dans la prairie ou de Sissi l’impératrice ! Mais la garce de reconnaissance ne se satisfait pas que je prenne en compte cette masse populaire pour laquelle, désormais, je dois pratiquer l’autocensure ; elle va encore plus loin dans ses exigences ! Sous prétexte d’avoir lâché du mou en ne touchant pas à mes propos sur la masturbation, autre qu’intellectuelle, elle veut, en retour, que je me soucie de ces critiques qui font la pluie et le beau temps dans l’univers impitoyable de la littérature ! Bref, que je m’attire leurs bonnes grâces et, non plus, leurs foudres !
À trente secondes de passer au samedi 28 janvier, Joël bascula donc dans un rêve érotique que mon nouveau standing me force, littérairement, à passer sous silence. C’est, ma foi, bien dommage, car il comportait trois scènes croustillantes qui, pour une flopée d’hommes de ma génération, leur auraient fait économiser un cacheton de viagra ! Tenez ! Histoire de tourner, une bonne fois pour toutes, cette page peu flatteuse sur ma nouvelle conduite littéraire, je saute une ligne.
Pendant ce temps-là, dans le ciel parisien, des évènements peu orthodoxes se précipitaient ; quelques nuages, à l’esprit grégaire, pressentant l’imminence d’un épiphénomène qui les épongerait en moins de deux, fuyaient de tous côtés. C’était la débandade la plus absolue ! Eux, qui avaient pourtant vu le jour, ensemble, en plein milieu de l’océan Atlantique et parcouru, pour ainsi dire, main dans la main, un si long chemin, se marchaient les uns sur les autres ! Mais il est vrai que pour ces nuages, le péril était grand, car, les étoiles rebelles, tout feu tout flamme, en filant sur leur point de ralliement, leur passeraient, sans pitié, sur l'échine. Ainsi, à cinq secondes de l’heure fatidique, plus un seul nuage ne lambinait au-dessus de la Capitale. Et quand les douze coups de minuit retentirent, la sacro-sainte Lune se trouva, pour le moins, désargentée ! À cinq millions de kilomètres, les révoltées, ne formaient plus qu’une masse égale à la sienne, mais oh ! combien plus rayonnante. La grande prêtresse de la nuit eut beau bomber le torse, elle perdit, coup sur coup, ses deux faces, la visible et la cachée. Sous les yeux ahuris des astronomes et de trop rares êtres qui scrutent encore le ciel, la Lune fit tout autant grise mine qu’une certaine nuit où, sur le mont Golgotha, un ramassis d’hommes cloua le bec au rêveur de Bayt Lahm ! Prise au dépourvu, elle fit volte-face vers le soleil et excita son orgueil afin qu’il mette un terme à cette rébellion, à ses yeux, fomentée par l’envieuse Étoile Polaire. La Lune bafouée et, pour le moins, pas blanche comme neige, usa de paroles savamment pesées. C’est qu’elle en connaissait un sacré rayon sur son tuteur céleste, ce bouffi d’orgueil ! « En s’attaquant ainsi à moi, persifla-t-elle, ne vois-tu pas que c’est toi, qu’elle et ses viles complices, cherchent à atteindre ? Alors, je t’en conjure, donne-moi un peu plus de lumière pour que je puisse leur montrer de quel rayon, toi, tu te chauffes ! » Le soleil, passablement échauffé par ses propos, qu’il prit pour argent comptant, lui accorda dare-dare un gros rab de lumière. Ainsi, n’en déplaise aux tenants de l’Apocalypse, il ne changea pas la face du ciel. La Lune, qui lui devait une fière chandelle, se retourna vers l’Étoile Polaire et ses soubrettes. « Oh ! ces bougres d’inconscientes ! Elles pensaient donc avoir partie gagnée ! » jubila, la revancharde comme pas deux. En effet, brillant par leur absence d’humilité, les trois-quarts des insurgées avaient mis leur lumière en mode économique. L’éblouissement flambant neuf, dont la Lune jouissait, fit fondre tout leur bel édifice. Les étoiles détalèrent à la vitesse, plus que lumière et, pour certaines d’entre elles, la chose se réalisa carrément avec une queue de mauvais augure à leurs basques !
Sur Terre, notre petit fonctionnaire était à des années-lumière de cette fronde cosmique tombée en quenouille. Dois-je vous rappeler que, dans son rêve, cela je peux le coucher sur la page, il avait enclenché la vitesse supérieure ? Bref, Monsieur Trismain n’en était plus aux préludes amoureux. Il se démenait comme un beau diable avec sa partenaire idéale, dont les doigts, de chacune de ses mains, avaient comptabilisé un orgasme ! C’est fou ce que, dans le virtuel, on peut réaliser comme exploit, non ? Mais celui-ci atteignit une telle perfection, qu’il donna raison à Leibniz. Car, dans la chambre de Joël, il advint une chose surnaturelle qui allait tout bonnement concrétiser ce rêve. Il s’échappa de l’ordinateur, une fumée longue d’un mètre soixante dix, de couleur chocolat au lait bien crémeux, qui se glissa sous la couette du rêveur complètement en nage. Une fois, sa queue bien au chaud dans le lit, cette fumée se métamorphosa en ce que vous n’avez aucune peine à imaginer. Quant à la suite de cette nuit magique, qu’il m’est, hélas, interdit de mettre en lumière sur la présente page, je la résumerai avec ceci : Joël resta, jusqu’à l’aube, planté dans son rêve qui n’avait rien de pieux !




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